Bilinguisme

5 conseils pour élever un enfant bilingue ou plurilingue

conseils enfant bilingue

Dans le monde actuel, le bilinguisme est perçu comme une chance et une force. L’immersion dans deux langues dès la petite enfance peut sembler naturelle dans certains contextes, comme lorsque les parents sont issus de deux cultures différentes ou que la famille est expatriée dans un pays étranger. Elle peut parfois aussi résulter d’un choix que les parents font pour leurs enfants : c’est le cas, par exemple, des enfants qui sont scolarisés dans une école de langue différente de celle de leur milieu familial. Quel que soit le cas de figure, les parents ne savent pas toujours comment aider au mieux leur enfant.

 

1- S’exprimer dans sa langue maternelle

Le prestige de la langue (sa reconnaissance internationale) peuvent jouer un rôle dans le regard que les parents portent sur leur propre langue et sur le choix qu’ils font de la parler ou non à leur enfant. Il peut arriver qu’un parent n’ose parler sa langue à son enfant car il estime que c’est un “simple” patois ou dialecte, sans intérêt.

Parfois aussi, certains parents adoptent la langue de leur pays d’accueil lorsqu’ils s’adressent à leurs enfants, dans l’intention, fort louable, de les aider à s’intégrer lors de leur entrée à l’école locale.

Ce choix de s’exprimer avec son enfant dans une autre langue que sa langue maternelle a cependant plusieurs inconvénients :

– Des erreurs de prononciation, de vocabulaire, de syntaxe, seront forcément présentes. L’enfant apprendra donc des tournures linguistiques qu’il lui faudra ensuite modifier, au contact de locuteurs natifs.

– Si la langue d’adoption n’est pas suffisamment maitrisée, le parent risque alors de peu parler à son enfant, en tous cas beaucoup moins que s’il s’exprimait dans sa langue maternelle, perturbant ainsi les premiers liens et hypothéquant la relation parent-enfant.

– Si, dans son milieu familial, l’enfant n’est pas au contact de deux langues de manière équilibrée (parents parlant chacun une langue différente), alors il vaut mieux privilégier sa langue maternelle L1 (celle de ses parents), afin de lui donner un socle solide sur lequel pourra ensuite s’appuyer l’apprentissage d’une langue L2, celle, par exemple, du pays d’accueil. Cette langue L1 évolue énormément au cours des premières années de l’enfant, elle doit être renforcée pour continuer à progresser. Si elle n’est plus parlée, ni à la maison, ni à l’extérieur, elle va stagner, voire régresser.

– Enfin, il y a un risque que la langue maternelle refoulée réapparaisse dans des moments de conflit ou de stress. Le parent énervé rebasculera dans sa langue maternelle, la teintant, de ce fait, d’une connotation négative auprès de l’enfant.

Il est donc très important que chaque parent s’adresse à son enfant dans sa langue maternelle : les échanges n’en seront que plus naturels, spontanés et riches pour l’enfant. Il est en effet plus aisé de raconter les histoires faisant partie de notre culture enfantine, de chanter les comptines que l’on a soi-même entendu dans son enfance ou de jouer aux jeux de langage que l’on pratiquait, enfant, dans la cour de récréation (« Amstramgram », « Trois petits chats, chapeau de paille, paillasson, somnambule… », « Trois petits cochons pendus au plafond, tirez-leur la queue, ils pondront des œufs… », etc.).

Si vous souhaitez préparer votre enfant a son entrée a l’école dans une langue qu’il ne connait pas encore, il vaut donc mieux privilégier des contacts avec des locuteurs natifs au travers de quelques heures de garde en crèche, d’après-midis récréatives avec d’autres enfants du pays d’accueil (ex : playdates et clubs de jeunes mamans), voire même de quelques heures d’éveil linguistique avec un enseignant. Par ailleurs, lorsque l’école débute, il existe souvent un dispositif d’aide aux élèves non natifs du pays (ex : English as Second Language ou ESL dans les pays anglo-saxons).

 

2- Les principes « Une langue, une personne » / « Une langue, un environnement »

Il est avant tout fondamental de fixer des cadres pour que le jeune enfant puisse s’appuyer sur des repères stables.

Le principe de Grammont, « Une langue, une personne » (ou OPOL : « One parent-one langage » pour les Anglo-Saxons) est encore très largement préconisé, particulièrement lorsque le couple parental est mixte. Dès la naissance du bébé, sa famille doit définir qui lui parle en quelle langue (ex : français avec papa, mandarin avec maman) et ne plus varier, en tout cas tant que l’enfant est encore en phase d’apprentissage.

Lorsqu’une seule langue est parlée au sein de la famille (ex : parents tous deux Français), c’est plutôt le principe « Une langue, un environnement » (ou mL@H: minority language at home) qui peut s’appliquer : l’enfant parlera sa langue maternelle à la maison avec ses parents et doit pouvoir ensuite clairement identifier les lieux où une seconde langue sera employée (à la crèche,  l’école, lors des activités à l’extérieur, etc).

Ces repères sont primordiaux pour l’enfant, ils l’aident à distinguer plus facilement les deux langues de son environnement. Ils lui permettent également d’identifier de manière plus claire quand passer d’une langue à l’autre. Le bilinguisme demande la maitrise d’un si grand nombre de paramètres, qu’il est important de faciliter la tâche à l’enfant lorsque cela est possible.

Dans les faits, les familles élevant des enfants bilingues s’aperçoivent qu’il est parfois nécessaire de moduler ces principes ou de passer de l’un à l’autre lorsque l’enfant grandit.

Les parents peuvent en effet se trouver gênés de parler à leur enfant une langue non comprise par l’entourage (impression d’impolitesse parfois). C’est le cas par exemple d’une maman qui parle mandarin à ses enfants dans sa belle-famille francophone. Autant cela est important qu’elle maintienne ce principe lorsque ses enfants apprennent à parler, autant elle peut se permettre de faire des écarts (en l’occurrence, parler aussi français à ses enfants en présence de sa belle-famille) lorsqu’ils maitrisent bien le mandarin et sont en âge de comprendre les conventions sociales.

Une autre raison peut être l’envie de maintenir une langue minoritaire : si par exemple l’enfant parle anglais avec maman, le parent avec qui il passe le plus de temps, français avec papa et anglais à l’école, l’exposition au français sera faible et cette langue minoritaire risque de très peu évoluer par manque d’exposition. Si la maman parle couramment français, il peut être décidé, une fois que l’enfant est assez grand, que la maman a pu construire des liens avec son enfant dans sa langue maternelle, que le français devienne la langue parlée par tous à la maison.

Ainsi, chaque famille bilingue est un cas particulier et un principe qui sera facilement applicable à l’une, ne le sera pas forcement à une autre. Gardez cependant toujours à l’esprit qu’un jeune enfant qui apprend à parler a besoin de repères stables et de régularité.

 

3- Bain de langage dans les deux langues

Au cours des premières années de vie de l’enfant, la quantité de langage apportée dans chaque langue par l’entourage est primordiale pour le développement de son langage et de sa capacité à parler deux langues. Il est donc essentiel de maintenir un bain langagier dans les deux langues parlées dans l’environnement de l’enfant car, même s’il semble plus à l’aise dans l’une des deux langues, ce n’est que transitoire.

 

4- Laisser l’enfant choisir sa langue

Même si cela peut sembler parfois difficile, il est préférable de laisser l’enfant s’exprimer dans la langue qu’il choisit et de ne pas le forcer à parler dans une langue précise. Vous pouvez malgré tout continuer à lui parler dans les deux langues.

Il se peut, par exemple, que vous parliez français à votre enfant mais qu’il vous réponde en anglais. Si vous constatez qu’il vous comprend parfaitement, continuez à lui parler français, sans pour autant l’obliger à le faire lui-même. L’important est avant tout que la communication puisse passer entre vous.

 

5- Lire des histoires

Lisez à votre enfant des histoires dans les deux langues pour lui permettre d’enrichir son vocabulaire. Lorsque les parents parlent chacun une langue différente, chacun peut faire découvrir des livres à son enfant dans sa langue maternelle. Lorsqu’une seule langue est parlée à la maison, c’est dans cette langue que les livres seront lus. Votre enfant pourra alors entendre des histoires lues dans sa seconde langue par un tiers dans un autre contexte (crèche, école, nourrice, bibliothèque…).

Les livres permettent en effet d’évoquer des situations auxquelles vous n’êtes pas confrontés dans votre quotidien et donc d’apprendre des mots que vous n’utilisez pas dans vos échanges habituels avec votre enfant. De plus, les livres fourmillent souvent d’expressions imagées propres a une langue (ex : être comme chien et chat, je ne peux pas être au four et au moulin, ne mets pas d’huile sur le feu, etc.).

 

Le quotidien de parents d’enfants bilingues/plurilingues est fait de beaucoup de questionnements et de doutes. Il s’agit de construire une relation dans un contexte particulier, que l’on n’a peut-être pas connu soi-même, enfant. Comme dans toute éducation, il y aura des hauts mais aussi des bas. Et pourtant….ne baissez pas les bras ! Le plurilinguisme apporte une telle richesse qu’il mérite que les parents s’accrochent et relèvent le défi !

 

Anne-Laure HITTINGER, orthophoniste

Contact: al.hittinger@gmail.com

Sources :

Abdelilah-Bauer, B. (2015). « Le défi des enfants bilingues ». Editions La Decouverte.

Bourgogne, A. (2013). « Be bilingual. Practical Ideas for Multilingual Families. ».

Couëtoux-Jungman, F., Extramiana, C., « Du bilinguisme familial chez les enfants », Hommes et migrations, 1288 / 2010, 80-85.

Lefebvre, F. (2008). « Guide d’information pour la prise en charge orthophonique de patients bilingues ». Mémoire présenté en vue de l’obtention du Certificat de Capacité d’Orthophoniste. Nantes.

 

 

 

 

 

 

Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on Twitter
Tags : bilinguisme
Heureux comme Ulysse

Le webzine des familles expatriées

5 Comments

  1. intéressant!
    Une étude américaine je crois à montrer que des enfants chinois adoptés à un jeune âge par des familles américaines ou canadiennes ont un cerveau qui réagit qd ils entendent leur langue maternelle / originale (mandarin…) comme des enfants chinois élevés dans une famille chinoise en Amérique du Nord. Par contre des enfants américains américains ne sont pas stimulé. Donc entendre une langue dessin plus jeune âge n’est jamais perdu.
    Autre point – la bonne maîtrise de la langue locale (L2) ne peut se faire que par la bonne maîtrise de la langue maternelle. C’est pour cela que le système éducatif suédois propose des cours de langue maternelle pour les immigrés (avec plus ou moins de générosité en fonction des régions).

Leave a Response