Santé & développement

Le bégaiement chez les petits bilingues : mythe ou réalité ?

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Chez les humains, et donc chez les enfants, la pensée va plus vite que les mots. Nos enfants ne nous parlent pas qu’avec des mots d’ailleurs : leur langage est multiple !

  • Il y a le langage qui passe par la bouche : les sons, les mots, les phrases, le dialogue.
  • Il y a tout le langage des émotions : je suis triste/content, excité/calme, je suis jaloux, j’ai besoin d’attention, je suis frustré, je m’interroge, etc.
  • Mais il y a aussi chez les enfants un langage qui passe par leur corps : une agitation psychomotrice, des cauchemars, des pipi au lit, des grignotages de doigts, des maux de ventre inexpliqués… Autant de façons de “dire” ce qui ne va ou pas. Buter sur les mots peut être un signe que tout va trop vite.

Oui, vous l’aurez remarqué, dès leur plus jeune âge, vos enfants sont avides de vous dire plein de choses. Comme il ne maîtrisent pas encore très bien le langage, il peut arriver qu’il reste “bloqué à la porte”. Et s’ils sont plurilingues, ils doivent faire le tri entre plusieurs langues ! Si cela peut compliquer les choses et prendre du temps, je n’ai cependant pas trouvé d’étude fiable qui démontre si les bilingues bégaient plus que les autres. Ce que je remarque dans ma pratique, c’est que les bilingues cherchent un peu plus leurs mots que les monolingues, et cela parait logique. Cela passe en général avec le temps.

Exemple :

Tom veut parler du chat qu’il a caressé cet après-midi.

Cat ? gato ? Katze ? comment va-t-il dire ?

Si le copain d’école (qui parle une langue différente) est à côté de lui, dans quelle langue Tom va-t-il le dire ?

Si Papa et Maman parlent deux langues différentes et sont dans la pièce, à qui va-t-il le dire en premier ? Et donc dans la langue de l’un ou de l’autre des parents, ou bien dans la langue commune des deux (qui n’est peut-être pas le plus “fluide” pour lui) ?

Parfois aussi, votre enfant veut vous raconter une histoire qui s’est passée à l’école dans la langue qui y est parlée.

ll faut mobiliser beaucoup de compétences langagières pour pouvoir faire de la traduction simultanée, en même temps qu’il faut faire appel à ses souvenirs pour les structurer en mots. Soyez patients !

Un peu de vocabulaire : begaiement et bredouillement …

(Définitions du Larousse) :

Begaiement : Perturbation de l’élocution, caractérisée par l’hésitation, la répétition saccadée, la suspension pénible et même l’empêchement complet de la faculté d’articuler.

Bredouillement : Défaut de prononciation dans lequel les mots sont articulés de façon précipitée, sans être espacés, les dernières syllabes de l’un se mêlant aux premières syllabes du mot suivant et rendant le discours plus ou moins indistinct.

Les deux troubles peuvent cohabiter. Plusieurs linguistes ont mis en évidence des caractéristiques qui les séparent.

Sans vouloir rentrer dans des considérations trop techniques, l’enfant qui bredouille n’a pas conscience de ses répétitions, hésitations, prolongations et du rythme rapide de son discours. Tandis que l’enfant qui bégaie a une conscience douloureuse de son problème de parole et ferait n’importe quoi pour le cacher, jusqu’a se taire et s’isoler.

Lorsqu’on attire l’attention du bredouilleur sur les anomalies de son discours, il est temporairement capable de s’améliorer. Chez le bègue, en revanche, attirer l’attention sur son discours amplifie les difficultés.

Il y a aussi ce qu’on appelle le “bégaiement physiologique”. C’est la phase où l’enfant bute sur les mots car il en apprend tellement d’un coup (au moment de l’émergence du langage entre 2 ans et demi et 5 ans environ). Elle est plus ou moins marquée d’un enfant à l’autre). On parle à cette période d’“explosion du langage”, phase qui correspond souvent au moment de l’entrée en collectivité (crèche ou petite section de maternelle).

Votre enfant bredouille ou bégaie, Un déménagement, la naissance d’un petit frère ou sœur, plusieurs facteurs peuvent être déclenchants, mais cela peut arriver tout seul aussi !
Une règle d’or (parfois plus facile à écrire qu’a mettre en place) :

PAS DE PANIQUE !!

Qui dit “pas de panique” ne dit pas qu’il n’y a rien à faire.

 

6 conseils pour les parents si les enfants bredouillent ou bégaient :

  • Essayer de ne jamais interrompre votre enfant quand il parle, même si cela prend du temps.
  • Reformuler ce qu’il vous a dit (ce qui renforce son discours) : “ Ah bon, oui, tu me dis que… c’est intéressant !”
  • Vous mettre (physiquement) à sa hauteur, ou assis a côté de lui.
  • Lui montrer que vous êtes bien présent pour l’écouter (quand on lâche son téléphone une heure de temps à autre, on réalise qu’on n’en meurt pas !). Ainsi, tout naturellement, il ralentira le débit… Essayez, c’est magique !
  • S’il a une fratrie qui parle beaucoup à sa place, essayez de faire taire les autres de temps à autre ou d’organiser des activités en tête-à-tête.
  • Vous pouvez également parler avec votre enfant de sa difficulté à s’exprimer en la relativisant : “tu parles plusieurs langues, c’est normal de mélanger”. Cela aide déjà à sortir du tabou et peut décomplexer l’enfant.

 

Toutes ces actions concrètes aident à sortir du cercle négatif :

  • Je bute sur les mots.
  • Je vais avoir honte devant les autres.
  • Il ne faut pas que je stresse.
  • Il ne faut pas que je bégaie.
  • J’ai peur, je me dépêche de parler.
  • On va se moquer de moi.
  • Je ne parle pas trop.
  • Je me stresse.

pour aller vers un cercle plus POSITIF :

  • Je peux essayer.
  • Je vais prendre mon temps.
  • Je peux utiliser des techniques.
  • Je peux faire des pauses.
  • Je peux essayer de contrôler ma parole.
  • Si je bégaie, je peux me reprendre.
  • Je parle avec des gens qui sont contents de m’écouter.

Si vous vous inquiétez du bégaiement/bredouillement, ou que votre enfant semble frustré, ou encore que cela le gêne pour socialiser avec ses pairs, n’hésitez surtout pas à contacter un(e) orthophoniste pour faire le point. Parfois, un bilan suffit à mettre le doigt sur des petites choses simples à mettre en place, pour qu’elles ne s’installent pas plus durablement. Rappelez vous qu’un langage fluide facilite grandement les interactions avec les autres (en famille, a l’école, avec les copains) et renforce l’estime de soi.

Tant que possible, respectez le principe une langue / un lieu, ou une personne / une langue autant que possible, et les choses devraient se fixer sans soucis !

Vive les bilingues/multilingues !! Ils ont un langage qui est le reflet de leur pensée multiculturelle 😉

 

Domitilla de Laporte, Orthophoniste en ligne

Expatriée en famille dans 5 pays (Angleterre, Suisse, Japon, Singapour, Allemagne), et maman de 4 enfants plurilingues nés dans 3 pays différents. Passionnée par les problématiques de langage, notamment celles des enfants ETC (Enfants de la Troisième Culture) ou TCK (Third Culture Kids).

www.domidelaporte.com  / Contact: domitillaortho@gmail.com

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Tags : bilinguisme
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