Scolarité

Comment faire aimer l’orthographe et la grammaire françaises à un petit bilingue ?

cours francais ligne

Ulysse vit à l’étranger et est scolarisé dans le système international. C’est formidable, il est bilingue et si ouvert d’esprit. Mais, en grandissant notre petit expat se retrouve de plus en plus souvent à demander à un parent, ou à un aîné : « Ça s’écrit comment en français ? » et il finit par ressentir cette impuissance à écrire dans sa langue qu’il parle à la maison. Un besoin, un intérêt d’apprendre à écrire dans la langue d’un des parents, ou des deux parents commence à naître.

 

Identifier pourquoi mettre votre enfant au français

Quand tout le monde à la maison est prêt et motivé pour que Grand Ulysse s’attaque à l’apprentissage de l’orthographe (y compris Ulysse, bien entendu), il souffle un vent d’enthousiasme contagieux au sein de la famille. Mais que pour cet enthousiasme dure, il faut en comprendre les raisons.

Votre enfant parle au moins deux langues et en écrit déjà une, pourquoi, diable voudrait-il apprendre à écrire en français ? Est-il exceptionnellement studieux et doté d’une maturité adulte pour se rasseoir à son bureau après une journée d’école ? Si certains enfants ont intégré les arguments de leurs parents comme source de motivation, en assurant de leur voix encore toute bébé que ça leur servira s’ils veulent faire des études en France, la grande majorité d’entre eux souhaitent tout simplement être capable de communiquer avec la famille francophone. D’autres auront envie de suivre le modèle du grand frère ou de la grande sœur qui a été scolarisé(e) dans un Lycée français. Identifier et comprendre la motivation de votre Ulysse constitue la toute première clé de la réussite, sans laquelle l’enseignement de la grammaire risque d’être douloureux pour vous et votre enfant. La deuxième clé sera de veiller à maintenir ce vent d’enthousiasme qui souffle au sein de la maisonnée.

Alors comment allez-vous vous y prendre pour cela ? Vous êtes le détenteur d’un lourd secret : vous savez bien que pouvoir écrire en français ne se fait pas du jour au lendemain, et vous en avez encore plus conscience depuis que vous vivez dans le riche monde du bilinguisme et que vous êtes devenu parent.

 

Aborder la grammaire du point de vue du Petit Prince

Tout d’abord, vous allez prendre du recul, beaucoup de recul par rapport aux règles de grammaire qui figurent dans le cahier de vacances que vous avez acheté l’été dernier en France, dans les ouvrages de référence (les livres de grammaire) auxquels les éditeurs ont refait une beauté, dans la méthode X ou Y que l’on vous aura conseillée, ou bien encore dans le programme à distance auquel vous avez souscrit.

Et si ce n’est pas vous l’enseignant de français, vous allez demander au tuteur, professeur, instituteur que vous avez trouvé sur place ou en ligne, de prendre aussi beaucoup, beaucoup mais vraiment beaucoup de recul. Il s’agit d’expliquer les règles avec des mots simples afin que le concept même soit compris. Annoncer de but en blanc que « l’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie » et vous risquez bien de refroidir la motivation de votre enfant. Quand on a 7 ou 8 ans et qu’on parle anglais (par exemple) avec sa maîtresse et ses camarades, on sait évidemment ce qu’est un nombre. Mais pensez-vous que, dans ce contexte grammatical, un enfant arrive à se représenter mentalement la signification ? Quant au genre…

Si la personne qui accompagne Ulysse dans ses leçons s’adapte à sa maturité et utilise des images simples, tout ce qu’elle risque c’est de marquer des points auprès de son élève (et au pire de heurter son ego d’adulte à elle).

En discutant avec l’enfant, l’enseignant doit utiliser des moyens mnémotechniques ludiques et des expressions imaginées plutôt que d’énoncer des grands principes obscurs. Exemples :

Des garçons amusants

Des filles amusantes

S’accorder = être d’accord avec

L’adjectif est toujours d’accord (pour aujourd’hui du moins !) avec le nom :

  • si le nom est féminin, adjectif + E
  • si le nom est singulier = tout seul , l’adjectif reste aussi tout seul (= sans S )
  • si le nom est pluriel = avec plus de lettres ( +S / + X) , l’adjectif est d’accord et prend plus de lettres aussi (-S /+ X)

Poursuivez avec un petit tableau récapitulatif

Avec de telles périphrases, certes, simplettes, l’enfant pourra se faire une image mentale de ce qu’est l’adjectif qui doit être d’accord avec le nom puisqu’il le décrit. Il sera ainsi prêt pour comprendre les consignes des exercices de votre méthode préférée et réussir ceux-ci.

Les Grands Ulysse que j’accompagne et qui n’ont jamais suivi de scolarité française ont tous été incapables la première fois de comprendre « l’adjectif s’accorde avec le nom ». Ils ont 8, 9 ou 12, voire 13 ans et sont de bons éléments en matière de réussite scolaire.  Quand ils réfléchissent en grammaire, ce n’est tout simplement pas avec des termes français.

 

Le point de départ : l’univers de Grand Ulysse

Toujours dans l’intérêt de préserver le vent d’enthousiasme, commencez avec le vocabulaire et le registre de langue que votre enfant utilise au quotidien. Aussi, si vous parlez un français châtié à la maison, restez dans ce registre. Si c’est le français courant qui domine vos échanges, à quoi bon vouloir exiger plus (au départ, j’entends) ?

Pourquoi commencer la conjugaison de ETRE en une fois à toutes les personnes ?

N’est-il pas plus intéressant pour Grand Ulysse qu’il sache écrire à son sujet ?

Pourquoi ne pas commencer, comme on le fait en langues étrangères, par thématiques ?

Et si le cours 1 était «   je parle de moi » : je m’appelle / j’ai … ans / j’habite / j’ai une sœur / je parle / j’aime /// Et toi ? Comment tu t’appelles ? Où habites-tu ? etc…

Sans perdre de vue notre tableau de conjugaison que l’on commencera à remplir.

Pour aborder l’orthographe des mots où il n’y a pas vraiment de règles, il faudra savoir comment cela s’orthographie. N’hésitez pas à abuser des tableaux de sons (à afficher à hauteur d’Ulysse … Dans la cuisine ?) et inscrivez-y des mots de la vie de tous les jours et complétez au fur et à mesure des leçons ou des conversations.

o Au eau
orange Jaune de l’eau
école Aussi beau
un cadeau

 

Vous ne serez pas sans remarquer qu’il manque des entrées à ce tableau. Les «- ot, -os ,- op, -aud , -aut » pourraient être ajoutés au fil du vent …

En parallèle, regrouper les mots par thème fait aussi tout son sens pour faciliter la mémorisation de l’orthographe lexicale. C’est ainsi qu’on procède souvent en langues étrangères.

 

Etre indulgent pour la terminologie

Quand Grand Ulysse, du haut de ses 10 ans, a la tête connectée à l‘allemand, au portugais etc. toute la journée pour apprendre, il n’est peut-être pas étonnant que le terme « déterminant » ne lui vienne pas à l’esprit spontanément lorsqu’il travaille en français sur « tout, tous, toute, toutes ». Notre objectif ici est qu’il automatise le repérage du singulier/pluriel/féminin/masculin pour pouvoir correctement écrire « tout le pain, tous les gâteaux / toutes les filles… »      

Loin de moi l’idée de répudier le jargon grammatical ! Si la linguistique française, au même titre que tout domaine spécifique et technique, a sa terminologie propre, c’est bel et bien pour répondre à une nécessité d’identification et de compréhension de procédés et concepts inhérents à son existence.

Or Ulysse, le bilingue, travaille sa métalinguistique à l’école lorsqu’il fait de la grammaire dans sa langue d’apprentissage (assez tard d’ailleurs en système anglophone et germanophone). Exiger de lui qu’il se mette en position méta sur le français écrit est pourtant la condition sine qua non pour qu’il sache écrire notre langue (voir ci-après). Mais pour qu’il comprenne le concept de la règle de grammaire, il vous suffira, dans de très nombreux cas, d’expliquer de façon simple et de faire des schémas.  Mettez-le en contact superficiel avec la terminologie afin qu’il puisse la reconnaître dans les livres, mais ne demandez-pas forcément une restitution des termes.

 

Savoir reconnaître ce qu’est un sujet, un verbe, un nom et un adjectif.

Il est impossible de s’attaquer à l’orthographe grammaticale en français tant que l’on ne sait pas reconnaître ce qu’est un sujet, un verbe, un nom et un adjectif ! C’est ainsi !

A 6 ans, peu d’enfants en plein processus d’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans une autre langue, sont prêts pour repérer en français le verbe, le nom etc.

 

Comment faire comprendre qu’il faille « -ent » au verbe au présent dans « ils mangent » quand on ignore où se trouve le verbe qui fait l’action ?

Alors, à moins que vous n’envisagiez l’intégration de Grand Ulysse dans le système scolaire francophone à court terme et que vous ayez besoin de français à haute dose quotidienne pour cela, armez-vous d’un peu de patience avant de confronter votre enfant à des cours de français, et reléguez vos peurs qu’il ne sache jamais écrire votre langue au dernier rang de vos angoisses !

A attendre que Grand Ulysse ait acquis ses bases dans la langue de son école et qu’il ait gagné en maturité intellectuelle, vous gagnerez en temps, en énergie et peut-être aussi en argent si vous avez besoin des services d’un enseignant. L’apprentissage du français se fera d’autant plus rapidement après ! Il s’agit d’une question de quelques mois, tout au plus de deux années. Et il comprendra et appliquera en quelques leçons ce qu’il aura mis des mois à apprendre en débutant très jeune.

Et si vous souhaitez commencer en attendant, attaquez l’orthographe lexicale ! Ce sera du temps de gagné ! Et si Grand Ulysse lit en français, vous serez étonné de tout ce qu’il sait déjà en matière d’orthographe de mots ! Et certainement lui aussi …

 

Cécile Guénebaut, professeur de français.

Spécialiste auprès des enfants francophones scolarisés hors du système francophone qui veulent apprendre à lire et écrire en français de façon ludique.

http://www.prendresonenvolenfrancais.com/

Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on Twitter
Heureux comme Ulysse

Le webzine des familles expatriées

Leave a Response