Famille

Enfance expatriée : qu’en restera-t-il ?

enfant expatriation

Parmi les expatriés, on trouve beaucoup de familles avec des enfants en bas-âge. Pour de nombreux parents, c’est le bon moment pour partir vivre quelques années à l’étranger : la petite enfance est l’âge auquel les enfants sont le plus adaptables et auquel l’apprentissage d’une nouvelle langue est le plus facile. Puis, souvent, quand ces enfants commencent à grandir, qu’on a l’impression ‘’d’en avoir bien profité’’ et que la France commence à manquer, beaucoup de familles referment la page de l’expatriation.

Un peu avant l’adolescence, quand la scolarité prend un tour plus sérieux et que la famille recherche de la stabilité, beaucoup de petits expatriés prennent donc – ou reprennent – le chemin de la France. Que leur restera-t-il de leurs années passées au loin une fois devenus grands ?

 

Des souvenirs pour toute la vie ?

Les expatriés sont souvent de grands voyageurs et cherchent à profiter au plus de leur expérience locale. Leurs jeunes enfants sous le bras, ils visitent leur région d’accueil de fond en comble, profitent de tout ce qu’elle a à leur offrir et espèrent créer pour toute la famille des souvenirs merveilleux gravés à vie.

A partir de quel âge se fixent les premiers souvenirs d’enfance ?

Il est communément établi que la plupart des gens ne peuvent se remémorer des événements vécus avant l’âge de 3 ans. Et encore, il semblerait que, souvent, quand on dit se rappeler clairement de quelque-chose de notre petite enfance, nos souvenirs seraient plutôt liés à des photos prises à ces moments là ou au fait qu’il s’agisse d’un événement souvent raconté en famille. Sans rentrer dans des détails techniques, la plupart des études démontrent que c’est à partir de 7 ans que les souvenirs commencent à se graver sur le long terme.

Est-il donc inutile de voyager ou de visiter quoi que ce soit avec de tout jeunes enfants ?

Répondre oui à cette question supposerait déjà que vous, parents, vous comptez un peu pour du beurre ! Bien sûr, si vous aimez les voyages, ne vous privez pas sous prétexte que vos enfants ne s’en souviendront pas. Et même s’ils ne se souviendront pas de ce que vous avez visités, ils en garderont bien une impression, un sentiment en tête, une façon d’être, une certaine ouverture… Le fait même de voyager est bon pour eux : sortir de la routine quotidienne, balader son petit sac, s’adapter à des endroits, à des rythmes, à des températures, rencontrer des gens… Voir des choses différentes de ce qu’on connaît, même si finalement on les oublie, ce n’est jamais du temps perdu ! Et puis, même si eux ne se souviendront de rien, ces voyages vont quand-même créer de magnifiques souvenirs familiaux que vous vous chargerez de leur raconter pendant des années.

 

Bilingue au berceau, bilingue pour toujours ? 

Pour beaucoup de parents, l’expatriation est une occasion en or de donner à leurs enfants l’opportunité de devenir bilingues et, croient-ils, de le rester à vie. Mais là aussi, la mémoire obéit à ses propres règles.  

À partir de quel âge une langue peut-elle être reconnue comme acquise ?

Hélas, si les jeunes enfants exposés à une langue étrangère peuvent l’apprendre avec une grande facilité, dès lors qu’ils ne l’entendent plus ou n’en n’ont plus l’utilité, ils l’oublient tout aussi facilement qu’ils l’avaient apprise. Aucune conclusion exacte n’existe sur ce sujet mais les linguistes estiment que c’est vers dix ans qu’un enfant, s’il est bilingue dans une seconde langue, va en conserver la maitrise même s’il ne s’en sert plus pendant des années. Ce phénomène a été observé souvent dans des fratries bilingues. Des années après que la fratrie a quitté un pays d’accueil dont elle parlait la langue, les enfants qui avaient plus de dix ans à ce moment étaient toujours à l’aise dans cette langue, tandis que les plus jeunes en avaient perdu toute notion.

Rappelons que ce n’est pas une science exacte et qu’il y a des enfants plus doués pour les langues que d’autres, et des langues qui sont plus faciles à entretenir que d’autre. Un bon niveau d’anglais, aujourd’hui où les vidéos et les livres (et les anglophones !) peuvent se trouver un peu partout dans le monde, est beaucoup plus facile à conserver qu’un bon niveau de vietnamien une fois qu’on a déménagé.

Comment entretenir une langue apprise dans la petite enfance ?

Beaucoup de parents, une fois rentrés en France ou installés dans un nouveau pays veulent entretenir à tout prix cette langue. Les dispositifs trop superficiels ne fonctionnent jamais. La venue une heure par semaine d’une nanny Philippine pour parler tagalog à vos enfants si vous vivez au Chili ne portera que peu de fruits. Tout comme le fait de vous mettre à leur parler vous-même une langue qui n’est pas la vôtre. L’enfant est malin et, en général, repère très bien qui lui parle réellement dans sa langue natale et ne le comprendrait pas s’il lui répondait en français, et qui fait semblant de ne pas parler français. À la moindre occasion, il repassera au français.

Loin de nous l’idée de vous décourager et de vous dire tout bonnement que votre enfant oubliera la langue qu’il parle actuellement couramment mais sachez que, si vous déménagez bientôt, le maintien de cette langue sera très difficile chez les enfants de moins de 5-6 ans, surtout s’ils ne savent pas encore écrire.

Mais rassurez-vous, là encore, votre enfant n’a pas perdu son temps en apprenant une langue qu’il oubliera bientôt : les langues, c’est bon pour le cerveau ! Ça le muscle, ça crée des connections, ça stimule les cellules grises. Bref, c’est bon pour l’intelligence des enfants ! Et là encore, rien n’a été prouvé mais une langue complétement oublié peut toujours revenir toucher un adulte un jour qui sans la comprendre reconnaitra sa musicalité, sa sonorité et réveiller en lui de doux souvenirs enfouis…

 

Entretenir les souvenirs d’expatriation en famille

Bref, si vous quittez bientôt un pays avec vos deux enfants de moins de six ans et que vous voulez que vos années là-bas soient ancrées en eux pour toute la vie, il va vous falloir y travailler ! Bien sûr, il y a les photos, les vidéos et les objets souvenirs rapportés d’un peu partout. Mais, en plus de tout cela, plus que d’essayer de leur faire retenir des souvenirs coûte que coûte, c’est plutôt une culture familiale que vous devrez entretenir. Car c’est dans cette culture que vous allez forger que l’enfant pourra retrouver des traces de sa vie dans votre pays actuel. Cette culture qui ne sera propre qu’à votre famille, et seulement à elle, va resserrer les liens entre vous tous, créer une complicité unique entre vous, notamment au sein de la fratrie.

Emportez avec vous un peu de votre pays actuel. Si vous ne l’avez pas encore fait, apprenez à cuisiner un plat typique que vous aimez tous et que vous referez régulièrement où que vous viviez par la suite. Gardez avec vos enfants une habitude, une coutume locale. Continuez à célébrer vos fêtes préférées de votre pays actuel. Si c’est possible, faites-vous amis à l’avenir avec des ressortissants de ce pays où d’autres expats qui y auraient vécu. Invitez-les chaque année pour la fête nationale ! Si vous avez une maison de vacances ou un animal domestique dans quelques années, donnez-lui le nom de votre quartier actuel !

Et n’oubliez pas à tout ce qu’on emporte avec soi d’un pays sans s’en rendre compte et que vos enfants vont faire aussi : des sensations, des bruits, des odeurs ou des goûts qui, sans prévenir, de temps en temps, à l’autre bout du monde vous rappelleront toujours un pays que vous aimez.

 

Sylvie T., linguiste, et Mathilde Paterson

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