Santé & développement

Enfant expatrié: comment trouver un orthophoniste ?

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Vous soupçonnez chez votre enfant des retards de développement, notamment en matière de langage oral ou de langage écrit. Mais il n’y a pas d’orthophoniste francophone dans votre pays d’expatriation. Que faire ?

Si vous vous inquiétez, il faut agir. N’attendez pas l’été pour prendre un rendez-vous en France. Beaucoup de difficultés de langage oral ou de retards dans l’apprentissage de l’écrit pris en charge tôt se règlent sans problème. Comme nous avons vu précédemment pour les psychologues pour enfants, étudions les possibilités de consulter un orthophoniste (speech therapist) dans la langue de votre pays d’accueil ou en ligne, via Skype.

 

Peut-on consulter un orthophoniste dans une langue qui n’est pas celle du petit patient ?

En règle générale, il vaut mieux consulter un orthophoniste exerçant dans la langue maternelle de l’enfant

Dans le cas de petits enfants présentant des retards du langage, des études ont montré qu’une prise en charge orthophonique se déroulant dans la langue maternelle donne de meilleurs résultats (Stow & Dodd, 2003).

En situation de bilinguisme précoce (enfant exposé à plusieurs langues depuis sa naissance) et de difficultés pour parler quelle que soit la langue utilisée, il est préférable de consulter un orthophoniste dans la langue dans laquelle l’enfant est le plus immergé. Il s’agira de la langue maternelle dans le cas d’un bilinguisme consécutif (par exemple, enfant d’un couple français vivant à l’étranger) ou d’une des deux langues familiales dans le cas d’un bilinguisme simultané (en général, enfant issu d’un couple mixte – voir définitions ici).

Si un retard de parole ou de langage est mis en évidence, si un bégaiement est constaté, le travail accompli avec l’orthophoniste aidera votre enfant, non seulement dans la langue qu’il travaille spécifiquement mais également dans sa ou ses autres langues. Il existe en effet une interdépendance entre les langues parlées par votre enfant : des aptitudes langagières pauvres dans la langue maternelle vont nuire aux progrès de la seconde langue (Skutnabb-Kangas & Toukomaa, 1976) mais à l’inverse, une amélioration des capacités langagières en langue maternelle aura un impact positif sur l’autre.

Cas spécifique où il faut plutôt voir un orthophoniste pratiquant la deuxième langue de l’enfant

Lorsqu’un trouble d’articulation portant sur un son spécifique à la deuxième langue est constaté, seul un orthophoniste utilisant cette langue dans sa pratique pourra être à même d’aider votre enfant à acquérir le schéma articulatoire adéquat.

Cas où il faut consulter un orthophoniste utilisant la langue dans laquelle l’enfant est scolarisé

Un enfant présentant des troubles spécifiques du langage écrit (dyslexie-dysorthographie) pourra recevoir l’aide d’un orthophoniste dans la langue où il apprend l’écrit à l’école. Les stratégies de lecture et d’orthographe mises en place avec le thérapeute sont en effet particulières à une langue. Cela n’empêche que l’enfant pourra faire des rapprochements entre l’écrit des deux langues, si toutefois ces langues sont typologiquement proches (critères grammaticaux et linguistiques communs).

 

La solution des consultations en ligne, via Skype

Retards et troubles du langage oral

Pour des enfants qui ont souvent moins de 5 ans, il est difficile d’envisager une prise en charge orthophonique par écran interposé. D’une part car un tout petit ne va pas rester assis sagement devant l’ordinateur à échanger avec un adulte, et d’autre part car une très grande partie de la prise en charge passe par le jeu et le contact humain. Mais puisqu’en général, il vaut beaucoup mieux consulter dans la langue maternelle de l’enfant, il faut réfléchir à des aménagements. En effet, si vous n’avez pas le choix (pas d’orthophoniste francophone autour de vous), mieux vaut essayer Skype que ne rien faire.

L’orthophoniste peut alors faire de la « guidance parentale », c’est-à-dire donner des conseils personnalisés aux parents de l’enfant. Au lieu de proposer une situation classique en cabinet où le thérapeute joue directement avec l’enfant, parfois sous les yeux du parent, les séances peuvent s’organiser différemment avec l’introduction de jeux à trois participants : l’un des parents, l’enfant et l’orthophoniste qui, par le biais de la caméra, propose les activités, guide éventuellement leur utilisation, observe les interactions, commente les actions de l’enfant et les réactions du parent. Cette prise en charge à distance demande plus d’implication de la part des parents, avec une présence indispensable et bien souvent, une préparation en amont des séances. Elle a toutefois le plus souvent un impact positif important car, les parents s’investissant beaucoup dans la thérapie, ils peuvent aider leur enfant à progresser de manière plus active dans la vie quotidienne.

Dans le cas de figure d’un jeune enfant qui baigne dans le français à la maison et commence juste l’école en anglais, il vaut donc mieux commencer par ce type de prise en charge. Eventuellement, quelques mois plus tard la prise en charge pourra être complétée avec un orthophoniste anglophone, quand l’enfant aura eu une immersion suffisante en anglais.

Dans le cas où le retard de langage s’avère massif et durable, malgré un suivi orthophonique, l’hypothèse d’un trouble spécifique du langage oral (ou dysphasie) peut être évoquée.  Le diagnostic de dysphasie ne peut toutefois être posé qu’à l’issue d’une évaluation pluridisciplinaire (bilans orthophonique, psychologique, éventuellement psychomoteur, médicaux). Le suivi orthophonique devra alors s’intensifier et la question d’une poursuite de la prise en charge à distance devra être réétudiée à la lumière des options possibles.

Le cas particulier du trouble d’articulation (par exemple un zozotement ou un schlintement) nécessite une prise en charge double : un bilan et quelques séances en contact direct avec un orthophoniste, afin que l’enfant puisse mettre en place le schéma moteur adéquat pour l’articulation du son (intervention directe au moyen de guide-langues parfois nécessaire), séances qui peuvent être ensuite complétées par des séances en ligne pour consolider et automatiser l’utilisation de ce son. Cependant, pas de panique, ce type de prise en charge n’est pas urgent, vous pouvez attendre votre retour en France durant les vacances d’été pour consulter un orthophoniste. Il faut de toutes façons attendre que l’enfant soit neurologiquement assez mature pour pouvoir contrôler de manière suffisamment fine ses organes bucco-phonatoires (pas avant 4-5 ans).

Troubles spécifiques du langage écrit (ou dyslexie-dysorthographie)

Ce type de prise en charge s’adapte en général très bien aux écrans et plait souvent beaucoup aux enfants plus grands (après 7 ans) qui ont besoin d’une prise en charge orthophonique. Une relation de confiance peut se créer malgré la distance. L’enfant, s’il se sent suffisamment à l’aise après quelques séances en présence du parent, peut rester seul face à son écran. Les séances doivent toutefois être préparées à l’avance avec, par exemple, l’impression de documents ou de jeux.

L’orthophoniste peut par ailleurs se mettre en rapport avec l’enseignant de l’enfant afin d’échanger des informations et discuter d’éventuelles stratégies à mettre en place au niveau scolaire.

 

Dans tous les cas – dans une langue étrangère ou en ligne -, ne sous-estimez pas les possibles bienfaits d’un premier rendez-vous, juste entre le parent et le thérapeute. Un rendez-vous avec un orthophoniste, même si vous ne le consultez qu’une seule fois, en ‘’broken english’’ ou via Skype, pourra vous apporter des pistes de réflexion et conseils très utiles, ou tout simplement vous rassurer sur vos inquiétudes. L’orthophoniste pourra notamment vous indiquer des exercices pratiques à suivre avec votre enfant, ou des sites web spécialisés où vous pourrez trouver du matériel pour l’aider à progresser.

Enfin, si vous rentrez l’été en France, n’hésitez pas à aller consulter un spécialiste pour faire un bilan. Mais pour cela, pensez à vous organiser très en avance. Les bons praticiens que vous recommanderont vos amis auront sûrement leur carnet de rendez-vous rempli des mois à l’avance.

 

Mathilde Paterson

Contact: mathilde@heureuxcommeulysse.com

Anne-Laure HITTINGER, orthophoniste

Contact: al.hittinger@gmail.com

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