Santé & développement

Expatriation et alimentation : le choc culturel sous-estimé

Les candidats à l’expatriation, ou les récidivistes, s’y préparent souvent scrupuleusement. Pour parer à tout une fois sur place, rien ne leur échappe de leur future vie quotidienne : système scolaire, climat, taux de pollution… Mais alors que le Français se targue d’être un fin gastronome, n’y a-t-il pas un point, pourtant ô combien essentiel à son bonheur quotidien, sur lequel il oublierait de se préparer ?

Souvenez-vous : que saviez-vous réellement des habitudes alimentaires locales lorsque vous avez atterri dans votre pays d’accueil ? A part le nom du plat traditionnel ?

Pour éviter des enfants qui refusent de s’alimenter, des parents qui doublent de volume en quelques semaines ou des repas familiaux qui se désagrègent, il faut anticiper le choc culturel alimentaire.

 

Quelles sont les habitudes alimentaires familiales ?

Commencez par faire un point sur vos habitudes en famille : avez-vous une routine alimentaire ? Est-elle importante pour vous ? Où en sont vos enfants dans leur développement gustatif ? Les avez-vous déjà ouverts à des nouvelles cuisines totalement différentes de la vôtre ?

C’est que chaque pays a ses propres habitudes. Et il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte : ingrédients locaux, produits utilisés, différents modes de cuisson et d’assaisonnement, nombre, répartition ou manière de prendre les repas quotidiens…

Ainsi, l’alimentation, en dehors de la France peut surprendre, dérouter, questionner. Pour nombre de familles françaises, le bien manger fait parti du patrimoine culturel et beaucoup de règles de bases sont des vérités bien ancrées : on s’attache à faire des repas équilibrés, à manger légumes et salades, à éviter les produits gras et sucrés, à ne pas boire de soda… Alors, comment réagir lorsque tout est différent ?

 

Les enfants : les premiers exposés

Quelle déroute quand la nouvelle école n’a pas de cantine, demande deux ou trois snacks par jours, interdit noix, produits laitiers ou autres pour cause de religion, d’allergies ou autres croyances. Dans certains pays les professeurs, mangent sans scrupules Mac-Donald ou autre fast-food devant leurs élèves, les bonbons sont donnés en récompense… Et si l’école a une cantine, il vous faudra peut-être vous résoudre à laisser vos enfants déjeuner de riz et fritures presque tous les jours. Attention à la maison aussi : dans beaucoup de pays, si vous avez une nanny à domicile, voire plus de personnel de maison, il se peut qu’ils distribuent à vos enfants à toutes heures de la journée des petits bonbons ou gâteaux locaux. Tout cela, c’est sans même compter les playdates chez des amis ou les fêtes d’anniversaires démesurées qui pourront venir rythmer vos week-end…

 

Renseignez-vous en amont et adaptez vos habitudes alimentaires

Avant de partir, renseignez-vous donc sur la culture alimentaire de votre nouveau pays et essayez d’adapter un régime sain dans le nouveau contexte. Ainsi, plutôt que d’affronter sans la moindre chance de succès certaines habitudes locales (comme celles de la cantine), adaptez-vous. Par exemple, vous pouvez changer vos habitudes du petit déjeuner. Si le nouveau pays a une culture alimentaire médiocre et que votre enfant se retrouve à manger biscuits et riz plus fritures dans le milieu scolaire, évitez le pain-beurre-confiture et optez pour des petits déjeuners complets avec une omelette aux légumes et des fruits frais. Puis, faites de même avec le dîner en privilégiant beaucoup les légumes et les laitages. Si ces derniers vous semblent être de qualité médiocre dans votre pays d’accueil, vous pouvez même en profiter pour apprendre, si ce n’est déjà le cas, à faire vos yaourts vous-même. Ou même du fromage faisselle !

 

Prenez le meilleur de votre pays d’accueil…

Mais si votre pays offre une culture nutritionnelle intéressante, pourquoi ne pas l’adopter ?

On dit beaucoup que la clef d’une expatriation réussie est l’intégration à son pays d’accueil. Et d’un point de vue culinaire, comme cela peut être bon ! S’immerger dans une nouvelle cuisine, découvrir des nouvelles saveurs, acheter des produits locaux… Sachez en plus qu’en évitant les produits importés, non seulement vous ferez du bien à votre portefeuille mais surtout, vous protégerez votre santé. En effet, en général, ces produits (bien plus chers que les locaux) sont gavés de produits chimiques pour les aider à mieux voyager jusqu’à vous.

Finis donc abricots, mirabelles, framboises et groseilles (en fonction de là où vous vivez) et place aux fruits et légumes locaux ! Essayez de nouvelles recettes ou adaptez-les vôtres : ouvrez votre curiosité en échangeant dans votre ratatouille la courgette contre la gourde locale. Votre enfant rechignera peut-être à la vue d’un aliment inconnu mais l’ouverture au nouveau goût fait bel et bien partie des merveilles de l’expatriation.

 

 … tout en cultivant votre côté Français

Ouvrez-vous à la nouveauté mais ne perdez pas votre identité culturelle ! C’est sûr, il y a beaucoup de bonnes choses typiquement françaises que vous ne trouvez pas dans votre pays d’accueil. Mais cela ne veut pas dire que vous devez faire une croix sur tout. Apprendre à faire une galette des Rois ou des crèmes Danettes maison, c’est possible ! Et pourquoi même ne pas se lancer dans la fabrication de rillettes ou de pâtes ? Cuisiner en famille est un merveilleux moyen d’éduquer les enfants à la gastronomie française et aux arts de la table, même au bout du monde.

Le plus possible également, essayez de garder un rythme à la Française. Dans beaucoup de pays, les enfants dinent seuls, sur un coin de table, presque à l’heure du goûter. Préservez au plus les repas échangés à table, en famille, en prenant son temps. Ils sont essentiels à la communication et à la complicité frères-sœurs et parents-enfants.

Eduquez-donc vos enfants mais aussi, n’ayez pas peur de les laissez vous éduquer à votre tour ! En fonction de leurs âges, ils peuvent vous réserver des surprises et se montrer bien plus ouverts que vous ne le croyiez. Baignés dans un environnement quotidien peut-être plus multiculturel que le vôtre, qui sait ce qu’ils vont découvrir de délicieux en allant déjeuner chez des voisins ou lors d’une sortie scolaire ? Laissez-les partager avec vous leurs découvertes.

 

Quelques conseils pratiques, applicables (plus ou moins) partout

Il est donc important de se préparer en amont au choc culturel alimentaire qui vous attend peut-être. Informé de la qualité et de la diversité des produits locaux, vous pouvez décider avec votre médecin Français de prévoir des suppléments alimentaires pour palier à de possibles carences, une fois sur place. Le développement de l’enfant nécessite des nutriments essentiels comme le zinc, le calcium et le fer.

Ensuite, créez un fichier de recettes et mettez-en place un régime respectant cet équilibre :

  • Glucides lents (riz brun, quinoa, pain complet) ou amidon (pomme de terre et la polenta) tous les jours.
  • Légumes crus et cuits à volonté.
  • Un ou deux fruits par jour.
  • 50 à 120 gr de protéines par jour (la taille du poing peut servir de référence).
  • 2 litres d’eau par jour.
  • Utilisez des huiles de qualité (olive, coco, tournesol, colza…) et réduisez au maximum le sucre raffiné, les graisses transformées, les additifs et colorants. Pour cela, apprenez leurs noms en langue locale afin de pouvoir lire les étiquettes.

 

Hélène Dunlop

Nutritionniste accréditée en Australie auprès de ATMS (Australian Traditional-Medicine Society)

Diplômée en médecine nutritionnelle (ACNT : Australian Center for Natural Therapies, affilié à Charles Sturt University.)

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