Famille

Itinéraire familial d’un expat gâté

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S’expatrier, c’est un peu comme avoir des enfants: c’est que du bonheur ! De la conception aux premiers pas, du petit deuxième jusqu’au syndrome du nid vide, toute une vie d’expat.

 

Expatriation et procréation : de beaux projets d’avenir

Il y autant de façons de devenir expatrié que de devenir parent, presque. Parfois, on en rêve pendant des années jusqu’à ce qu’un jour enfin, on se lance. Souvent à deux, mais pas toujours. Pour certains, ça marche du premier coup, pour d’autres ça peut prendre des mois, voire des années. Là, les candidats les plus motivés passent leur vie chez leur DRH ou leur gynéco. Ils les harcèlent de questions, expliquent combien ils seraient formidables dans ce nouveau rôle et se soumettent à tous les tests possibles. Le plus souvent, ça finit par marcher.

Mais il y aussi des expatriations qui arrivent par surprise. Elles débarquent sans crier gare alors qu’on n’y avait jamais pensé et bousculent des schémas de vie bien établis. On hésite un peu mais, en fait, ce ne serait pas la meilleure des choses qui pouvait nous arriver ?

Préparation psychologique et matérielle

Alors qu’on s’apprête à plonger dans l’inconnu, on se prépare et on rêve. On se projette, on en parle autour de nous, on observe comment ça se passe chez les autres (« Nous, on fera tellement mieux qu’eux ! »), on lit des livres spécialisés, on fait les comptes, on remplit des papiers administratifs et on souscrit de nouvelles assurances. On trie, on jette, on s’équipe…

Pendant des mois, on se berce d’illusions et on prend des grandes résolutions : on allaitera pendant deux ans, on apprendra la langue locale, on ne cédera pas aux caprices, on ne restera pas collés entre Français, ils ne dormiront jamais dans notre lit, on visitera toute la région, ils mangeront de tout, on ne mangera que local…

Et puis le grand jour arrive… et on fait comme on peut !

Plouf dans le grand bain !

Pour certains, c’est le coup de foudre dès le premier jour ! Pour d’autres, ça prend plus de temps. Il faut se remettre de la grande claque de l’atterrissage et s’apprivoiser doucement.

Souvent après l’émerveillement des premiers temps, arrive une période de doute et de fatigue. Pour éviter le baby-blues ou la déprime de la femme d’expat, il ne faut pas s’isoler, faire preuve d’une grande capacité d’adaptation et comparer le moins possible son nouveau quotidien à sa vie d’avant. Egalement, mieux vaut faire la sourde oreille aux conseils de Belle-Maman.

Ces premiers temps, le moral oscille entre des moments de joie intense et des jours de désespoir ! Mais pourquoi on a fait ça ?????!! On était si tranquilles avant… Pas d’inquiétude : tout ça, c’est hormonal, ça va rentrer dans l’ordre.

Retour à la vie quotidienne

En effet, peu à peu, ça va mieux et on sort la tête de l’eau. On commence même à en profiter.

Il ne se réveille plus la nuit, on a intégré une bonne bande d’amis, il sourit et gazouille toute la journée, on a trouvé ses marques locales préférées au supermarché et un endroit pour les week-end au vert, on se comprend de mieux en mieux… Voilà, on est heureux, on est fier… On envoie des photos magnifiques à tout notre entourage et on ne tarit pas d’anecdotes touchantes. On n’est pas très objectif mais on n’est là pour ça : on a le bébé le plus beau du monde et on vit dans la meilleure des capitales ! Ce qui ne nous empêche pas de comparer d’un œil discret… « Ah bon, le tien fait déjà ses nuits ? » … « Ah et comme ça, à Shanghai, vous avez tous un chauffeur ? »…

Le petit deuxième

Et c’est là, quand tout va bien et qu’on a pris goût à cette nouvelle vie… que quelque chose au fond de nous nous pousse à passer à l’étape suivante. Alors, on entame les discussions (négociations ?) et hop, c’est reparti pour un tour : les nuits blanches, les Cafés de rentrée où on ne connaît personne, les couches sales, la ville tentaculaire où on se perd cinq fois par jour, la solitude… Mais qu’est ce qui nous a pris ? On était si bien tous les trois à Singapour, tranquilles… Qu’est-ce que c’était que cette idée de se retrouver à quatre à Chicago où on ne connaît personne ? Et puis si on réfléchit, on a un peu planté un couteau dans le dos de Singapour qu’on a tellement adoré… Je me demande si on aimera Chicago autant ?…

Mais heureusement, la vie suit son cours et on s’adapte, encore plus vite que la première fois même. Mais oui, on dirait bien que c’est plus facile cette fois-ci. A ton avis, mon chéri, c’est lui ou c’est nous ? C’est une ville plus facile ici ou bien c’est nous qui sommes plus cools que pour le premier ? Je pense que c’est un peu les deux. Il sent qu’on est zen, alors il est zen lui aussi… On ne s’inquiète plus pour des petits riens, on sait que ça va bien aller.

Familles nombreuses, familles heureuses ! (?)

On a transformé l’essai : cette fois, on n’est plus des débutants. On est des vrais expats, une vraie famille ! Si on devient accroc, on devient serial expat et/ou parent de famille nombreuse.

Les années filent et on a du mal à se souvenir de ce qu’on faisait de nos vies avant. D’ailleurs, on ne voit quasiment plus que des gens dans notre cas. En même temps, c’est normal : on a le même rythme, on se comprend, on ne se juge pas… C’est important de faire partie d’une communauté car quand-même, ce n’est pas facile tous les jours ! Parfois, on les jetterait bien par la fenêtre nos petits expats ! Mais allez dire ça à quelqu’un qui n’en a (/ n’est) pas…

Le temps passe et toujours cette même question flotte au-dessus de nos têtes : « Si on faisait un petit dernier ? », « Et si on rentrait en France d’ici quelques années ? ». Parfois, on est sûr de ce qu’on veut, parfois on laisse la vie décider pour nous.

Enfin… le nid se vide (à la première occasion)

Les années passent et un jour, c’est le cataclysme : les enfants quittent le nid !!! Ce jour là arrive toujours bien trop tôt car l’enfant expatrié n’est pas un Tanguy, loin de là. Alors qu’il a fait toute sa scolarité dans les meilleures écoles internationales et qu’il parle sept langues, il ne va pas préparer sa brillante carrière de citoyen du monde depuis le Bangladesh où son père finit sa carrière. Le bac en poche, il abandonne ses expats de parents sans états d’âme.

Mais qu’est ce qu’ils vont faire maintenant, eux ?? Quel nouveau sens donner à leur vie ?? Rentrer en France, ”s’impatrier” ?? Mais ça, c’est le cauchemar de tous les expatriés !! Ça leur donne des sueurs froides rien que d’y penser ! Car on n’entend que des témoignages horribles sur ceux qui ont tenté l’expérience: des ex femmes d’expat qui errent pendant des années dans les couloirs de la Sécu à la recherche de leur dossier disparu, des mères de famille serial-entrepreneuses-locales qui désespèrent de faire reconnaitre par quiconque leurs acquis professionnels, des expatriés ostracisés au siège de leur boite, celle-là même qu’ils ont servie depuis trente ans aux quatre coins du monde (« Le pauvre Gérard, après vingt ans d’Asie, il est irrécupérable »)…

Que faire alors ?? Fuir ?? Non : recommencer !! Tenter le petit dernier sur le tard, histoire d’en profiter encore un peu ! Avec les progrès de la science, l’âge de la retraite qui recule et la mondialisation, tout est possible de nos jours, non ?

 

Cet article a été publié pour la première fois sur le blog My tailor is an expat (oct. 2015), premier blog de Mathilde Paterson, auteure de Ulysse, petit expat et rédactrice en chef de Heureux comme Ulysse

Contact: mathilde@heureuxcommeulysse.com

 

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