Famille

La complicité unique des fratries expatriées

Frères et soeurs expatriés: ensemble, c'est tout !

enfant expatriation

J’ai passé toute mon enfance à l’étranger, au gré des expatriations de mon père. Une enfance dans cinq pays, répartis sur trois continents. Cela a fait de moi, paraît-il, une Enfant de la Troisième Culture. Certains disent même une “ETC”. C’est un terme qui commence à se faire connaître et qui désigne les enfants d’expatriés : des enfants qui déménagent souvent, passent d’un pays ou une langue à une autre et se créent leur propre culture, mélange de celle de leurs parents et de celles de leurs différents pays d’accueil. C’est celle-là la “troisième culture”.

 

Les enfants expatriés: enfants de la troisième culture

D’un point de vue enthousiaste et positif, les ETC développent un solide esprit d’adaptation, sont très doués pour les langues étrangères et portent en eux une richesse interculturelle immense. Ce sont de vrais petits “citoyens du monde”. Si l’on veut être un peu plus sceptique, les ETC ont les fesses entre deux chaises! Ils sont différents des “petits Français de France” par leurs références culturelles ou sociales mais ne se fondent jamais réellement dans la masse de leurs petits camarades de classe locaux. Bref, les ETC sont des sortes d’ovni qui ne ressemblent à personne, même pas aux autres ETC (ben oui, ils n’ont pas vécu dans les mêmes pays, ils ont chacun des parcours d’expats différents).

Mais c’est faux. Car je ressemble à mes frères et sœurs.

Je leur ressemble et je les comprends. Ils sont mes meilleurs souvenirs d’expatriation, mes racines les plus solides aujourd’hui et mes alliés pour toujours.

 

La fratrie expatriée

Lorsque nous avons quitté la France, nous avions 6, 5 et 2 ans. Et nous y sommes rentrés un par un, chacun notre tour, après avoir passé le Bac. Dans l’intervalle, nous avons déménagé et vécu sur trois continents différents. Pendant toutes ces années, nous nous sommes épaulés, nous avons profité ensemble du meilleur et fait front commun contre ce que nous n’aimions pas.

Aujourd’hui, on parle beaucoup des bénéfices de l’expatriation. Bilinguisme, adaptabilité et ouverture d’esprit est le tiercé gagnant d’une enfance vécue à l’étranger. Mais à mes yeux, lorsque l’on passe son enfance dans plusieurs pays d’expatriation ce que l’on y développe de plus précieux et de plus durable c’est une complicité à toute épreuve avec ses frères et sœurs. Car, si l’ETC (pour en revenir à lui) se forge sa propre culture, sa propre identité, au gré des pays traversés, quoi de mieux pour lui que de pouvoir la partager avec un alter ego ? Dans chaque nouveau pays, mon frère et ma soeur emmenions avec nous les souvenirs de celui d’avant et il n’y avait qu’entre nous que nous pouvions réellement les partager. Ces souvenirs communs, ces références fraternelles étaient notre plus précieux trésor.

 

Les parents expatriés

Nous avions bien des parents me direz-vous ? Bien sur, nous avions des parents, et des parents en or en plus ! Des parents aux petits soins avec nous, avides de découvrir nos pays d’accueil et de nous y adapter en famille. Mais des parents… ça n’est jamais que des parents dans l’esprit d’une petite bande d’enfants allant de 2 à 6 ans, puis plus. Et ces vieux parents, ils ne s’intéressent pas aux dessins animés en vogue dans leur nouveau pays, ils ne tombent pas follement amoureux du dessert national, ils ne se damneraient pas pour aller au concert de la star locale des ados, et même s’ils font des tas d’efforts, ils ne parlent pas un mot d’argot local. Ils ont une vision un peu étriquée, bien trop adulte, du pays d’accueil.

Et puis, les parents, au début, ils sont plongés dans la logistique ! Ils s’inquiètent des trajets pour l’école, de ce qu’on y mange, ils cherchent les meilleurs docteurs… Quel intérêt à tout ça ? Et les parents au début, ils n’osent rien critiquer, ils veulent tellement qu’on s’intègre, qu’on soit heureux. Ils ne voient pas les petits détails saugrenus qui font notre nouvelle vie quotidienne. Ils ne rient pas (autant que nous) des traits un peu bizarres qu’on remarque chez les locaux ou des habitudes étranges qu’on prend. Et puis, quand il s’agit d’apprendre une langue, il faut bien avouer que souvent, les parents sont bien à la traîne !

 

Les amis en expatriation

Et oui, nous avions des amis aussi. Des amis locaux et des amis expatriés, comme nous. Avec les locaux, on découvrait plein de choses, on s’intégrait au pays ; avec les autres petits expats, on partageait l’habitude de s’adapter encore et toujours à des nouveaux groupes, on se comprenait à demi-mot en fin d’année quand on comptait sur les mains ceux qui ne partaient pas ou quand on évoquait un ancien ami parti sous d’autres cieux… On savait qu’on avait chacun nos bagages, nos histoires, des pays différents dans nos cœurs. Mais on savait que ces souvenirs n’avaient pas les mêmes parfums, qu’on était parfois nostalgiques de cieux très différents, d’ambiances (ou de températures !)  à l’opposé les unes des autres. Il n’y a qu’avec mon frère et ma sœur que je pouvais évoquer une certaine saveur, un paysage particulier, une odeur, un mot dans une langue qui nous avait bercée… Avec eux, parfois nous aimions à nous replonger dans nos souvenirs et à nous dire que « Non, on n’a pas rêvé cette époque de notre vie ! Oui, là-bas , cela se passe bien comme ça !!… » Ensemble, on entretenait, et on le fait encore aujourd’hui, nos racines ! Racines qui nous aident à nous projeter dans nos futurs.

Les années les plus difficiles ont été celles où nous avons été séparés. Décrocher son bac chez nous a été à chaque fois une grande source de joie mais voulait dire également que nous allions devoir nous séparer et apprendre à vivre dans nos vies d’expat seuls.

 

Aujourd’hui, mon frère aîné est un serial-expat de longue date. Je viens de calculer qu’il en est à son cinquième pays depuis qu’il a commencé à travailler. Ma petite sœur vit dans le Sud de la France et n’a presque jamais remis les pieds dans un avion depuis ses seize ans. Et moi, je suis entre les deux… Un peu en France, un peu ailleurs. Mais quand-même plus en France. Nous avons eu la même enfance (si on peut vraiment dire qu’entre frères et sœurs, on a eu la même enfance) et nous avons chacun construit des vies très différentes. Différentes mais toutes très riches de ce que nous avons vécu étant enfants. Aujourd’hui, je ne sais pas ce qui attend mes enfants mais je leur souhaite d’avoir de rester toujours unis entre frères et sœurs, comme je le suis avec mon frère et ma sœur. Alors, si vous projetez de partir en expat avec quelques enfants sous les bras, réjouissez-vous pour eux ! Vous allez faire d’eux une formidable petite équipe complice et soudée pour toujours. J’en suis convaincue, l’expatriation est une immense chance pour les fratries.

 

Jeanne du Fayel

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