Vivre ailleurs

Grandir au coeur de la Nation ”Arc-en-Ciel”

Expatriation afrique sud

Pom vit à Cape Town, en Afrique du Sud, depuis bientôt trois années, avec son mari et ses jumeaux diaboliques de cinq ans. Maman-blogueuse, elle poste chaque jour sur sa page Facebook #juJusDePom, des billets humoristiques des tours pendables qu’ils lui font subir, partage ses expériences anti-conformistes de la parentalité, mais aussi tous ses bons-plans et découvertes gastronomiques, touristiques ou culturelles sud africaines.

Elle vient également de lancer son premier roman, récit autobiographique et initiatique : La Folle Aventure d’une Mère de Jumeaux, paru aux éditions Infolio.

Pour Heureux comme Ulysse, elle nous fait part du regard qu’elle pose sur l’éducation « à la sud af’ ».

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Nous vivions déjà à l’étranger, à Mexico, lorsqu’on nous a annoncé qu’une nouvelle vie nous attendait en Afrique du Sud. Ni une ni deux, valises à roulettes et carry-on à la main, nous avons atterri trois mois plus tard à Cape Town, aux premières heures du jour. Fidèles à eux-mêmes, mes fistons m’ont permis d’appréhender ce nouveau territoire tout en douceur et en finesse :

 

Sortie de l’aéroport

Premier pas officiel posé en Afrique du Sud. Le taxi chargé de nous récupérer se présente à nous. Hurlement d’un de nos jumeaux :

  • « OH MAMAAAAAN, LE MONSIEUR IL EST TOUT NOIIIIR !!! »

Réponse du chauffeur qui, pour notre plus grand bonheur, parlait justement parfaitement français, venant du Congo :

  • « Et oui, je suis tout noir ! T’es nouveau sur le continent toi  dis-donc! Alors bienvenue à Cape Town, mon gars ! »

En mettant ses p’tits pieds dans le plat, mon fiston m’a – sans le savoir – introduite à une problématique récurrente ici en Afrique du Sud : les différences culturelles et autres inégalités sociales fondamentales auxquelles nous allions devoir nous habituer en emménageant dans le pays de la nation arc-en-ciel.

Petit aparté lexical, un tantinet surréaliste, mais assez nécessaire pour les lecteurs qui ne sont pas familiers de l’Afrique du Sud.

En gros :
Il y a les Blancs d’origine Hollandaise (les Afrikaners) ou Anglaise.
Il y a les ‘’Colored’’ ou métis issus de l’émigration indienne et du sud-est asiatique, liée à l’esclavage.
Et il y a les Noirs, eux aussi arrivés de force il y a plusieurs siècles de la côte est-africaine.

Cela semble lunaire aux étrangers qui sont habitués à la mixité, mais ici, l’origine ethnique détermine encore considérablement la vie des habitants et donc aussi l’éducation – très hétérogène – prodiguée aux enfants.

Nota bébé : le texte ci-dessous reflète des impressions ressenties par un œil étranger – privilégié… – et comme tous les stéréotypes, se limite à une observation partielle, par la force des choses, de la société sud africaine.

 

Une décontraction de mise

Libres comme le vent, les petits Blancs de Cape Town ont pour habitude de déambuler dans les rues à moitié débraillés, manches courtes et pieds nus. Quelle que soit la saison, été ou hiver, qu’il vente – ce qui arrive très souvent ici -, qu’il pleuve, ou qu’il fasse une chaleur torride.

La décontraction – certains diraient le laisser-aller devant les plantes-de-petons-bien-cracra – est de mise, malgré des moyens financiers corrects, voire parfois, extrêmement élevés.

Reliquat de l’éducation Afrikaner ‘’à la dure’’, fidèle à l’esprit aventureux des pionniers hollandais installés ici dès le 17ème siècle ? Habitude liée à une vie clémente au bord de l’océan ? Nul n’a jusqu’à présent pu me donner d’explication satisfaisante.

 

Le culte du sport

Une éducation réussie dans cette classe sociale, passe nécessairement par le sport. Les écoles les mieux cotées sont celles qui proposent les meilleurs programmes sportifs et les infrastructures les plus adaptées pour la pratique du rugby, le cricket, la natation ou cyclisme.

 

Le Braai

Dans cette communauté, le sacrosaint Braai (barbecue) est une tradition culinaire essentielle, transmise de père en fils depuis des générations – il existe même une journée nationale fériée qui le célèbre, le 23 septembre ! – durant laquelle les enfants prennent l’habitude d’ingurgiter des quantités impressionnantes de viande. Dès leur plus jeune âge, lorsqu’ils font leurs dents notamment, on les voit d’ailleurs vadrouiller, la couche à l’air, un morceau de Biltong – sorte de saucisson local mis au point lors du Grand Trek – pendu au bec.

 

L’amour du bush

Enfin, la Nature et la notion de bush (la jungle sèche d’Afrique du Sud) occupe chez eux une place fondamentale : entourés depuis leur plus tendre enfance par la montagne et le maquis – appelé ici Fynbos –  propices aux randonnées, les plages de sable blanc ou, dans le reste du pays, par des réserves naturelles protégées qui s’étendent à perte de vue et dans lesquelles tous les animaux-de-la-ferme-africaine s’ébattent joyeusement, les enfants sont sensibilisés très tôt aux notions environnementales. Ce que nous appelons « safari » est appelé ici « game drive » et recouvre une notion beaucoup habituelle, une part de leur quotidien (en week-end notamment) bien plus intégrée et moins exceptionnelle que pour nous.

 

Une société encore très compartimentée

Au sein des populations « Colored » et Noires, les questions d’éducation dépendent fortement du niveau social des individus.

Une frange de plus en plus importante – notamment à Johannesburg, Durban ou Port Elisabeth par exemple, où le niveau de vie est très élevé, surtout dans ces communautés – est parvenue à des niveaux de richesse leur permettant d’offrir le meilleur à leurs enfants, que ce soit en terme d’éducation ou de confort quotidien.

Pour les autres, qui représentent malheureusement encore la majorité, c’est le groupe qui prime, le dicton africain « Il faut tout un village pour élever un enfant », prenant ici tout son sens : la plupart d’entre eux vivent encore dans des Townships (nom sud africain des bidonvilles) où la priorité essentielle des parents est de réussir à scolariser leurs enfants, pour tenter de leur offrir une vie un peu meilleure que la leur.

Les questions de sécurité, de nutrition – en dehors du trio coca-cola-pain-chips – et les notions d’écologie ou de protection environnementale n’ont bien évidement pas leur place ici.

Au sein de ces populations défavorisées, composées d’un bon nombre de mères célibataires, ce sont très souvent les grands-mères qui élèvent les enfants. Le(s) parent(s) partant tôt le matin et rentrant tard le soir, éreintés du travail qui les mènent souvent loin de leur quartier. Cet état de fait, outre les déséquilibres familiaux évidents qu’il engendre, contribue aussi à faire perdurer le souvenir de l’Apartheid et le ressentiment qui y est lié, ces vieilles dames ayant souvent subi le régime au plus fort de sa violence, maintenant un climat amer et néfaste au travail de (re)intégration de ces populations dans la nation sud africaine.

 

Un pays kids-friendly

Dans tous les cas – et pour tout le monde, y compris les étrangers et les expatriés installés en Afrique du Sud – un rayon d’espoir demeure dans cette bipolarité culturelle : le pays est un paradis pour les enfants !

Tout ici est pensé pour eux et conçu pour les familles : les restaurants suréquipés en chaises-hautes, en menus special-kiddies-à-colorier, en airs de jeux avec nounou qui surveille gracieusement les gnomes pendant que leurs parents déjeunent peinards. (Si, si. Je vous jure.)

Les parkings disposent d’emplacements spéciaux pour les mères avec todlers (enfants en bas-âge) juste devant la sortie et sans poteau, histoire de ne pas se défoncer le dos pour sortir bébé de son cosy et de ne pas avoir à le porter sur deux kilomètres.

Parcs publics gratuits équipés en balançoires, toboggans et autres « Monkey bars »; aquariums qui proposent d’organiser le goûter d’anniversaire de vos lardons; vignobles et leurs mini-fermes d’animaux nains à la taille des enfants; clubs de plongées adaptés aux petits; parcs d’escalade, d’accrobranche, de trampoline…

C’est infini.

Pom Ehrentrant, Maman blogueuse à Cape Town

Auteure de la La Folle Aventure d’une Mère de Jumeaux, récit autobiographique et initiatique

 

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