Vivre ailleurs

Le guide du mauvais parent aux Etats-Unis (moins décomplexé qu’il n’en a l’air)

expatriation etats unis enfant

Clara vit à New-York avec son mari et ses trois enfants. Comme elle a pas mal d’humour, une vraie plume et un avis sur tout, elle tient un blog original – US Chapters – où elle parle de tout ce qui lui passe par la tête ! Pour nous, elle observe New-York et va de challenges en challenges : accouchement local, marathon dans la foulée, cours d’anthropologie à Columbia… rien ne lui fait peur !

Pour Heureux comme Ulysse, elle nous parle aujourd’hui de son regard sur l’éducation ‘’à l’Américaine’’.

Mathilde m’a dit : « Non mais t’inquiète, écris un article tout simple sur l’éducation aux US. » Elle est marrante Mathilde, mais je transpire à mort : déjà les US, ça n’est pas du tout uniforme. Moi je suis à New-York, mais l’Arkansas doit être un autre trip. Et puis moi selon mon humeur du jour, je suis effarée ou très admirative de la manière dont les Américains s’y prennent…

Voici donc en exclusivité mondiale, les règles d’or “to fit in” :

 

Règle 1 : Tes enfants, jamais tu n’engueuleras.

En France, quand ton enfant fait un caprice, non seulement tu peux le gronder mais c’est même souhaitable. Souvent au parc, des parents que tu n’as jamais vus opinent consciencieusement du bonnet quand tu engueules ta fille. Ils peuvent même se permettre parfois de surenchérir en mode : ‘’Oui oui elle a raison ta maman, il faut partager, laisse donc ta place sur la balançoire.’’ Comme disent les Américains (sans l’appliquer) : ‘’It takes a village (to raise a kid)’’ (il faut un village entier pour élever un enfant). Bref, en matière d’éducation, tout le monde a le droit de se mêler de tes affaires.

Ici, le caprice est considéré comme une sorte de passage obligé inéluctable, un peu comme les rhino-pharyngites ou le « Ah-oui-il-a-sept-mois-et-il-se-réveille-la-nuit-c’est-les-dents ». Quand ta fille commence un caprice, tu attends donc patiemment qu’elle passe à l’idée suivante. Donc règle numéro 1 : ne JAMAIS dire “non” sévèrement en public à ton enfant, tout le monde te regarde comme si tu le battais au martinet (et ça renforce ta trouille que la bande de parents ulcérés appelle immédiatement les services sociaux, cf point 4).

Concrètement, aller au parc c’est donc observer un parterre de gamins hurlant à s’en perforer la glotte devant des parents qui agitent des chips en bêlant ‘’Do you want a snack, sweetie ?’’ pour les faire changer d’avis. Evidemment, à force d’observer ça, tes propres enfants finissent par vouloir faire pareil, et tu te retrouves bien embêté devant Charlotte, 2 ans, glapissant par terre.

Après plusieurs mois de valse-hésitation j’ai adopté une sorte de schizophrénie salvatrice. Chez moi, je gronde ; dehors, je ne gronde que si personne ne me regarde (ou alors en français, et en sifflant entre les dents à toute vitesse ‘’Je te préviens, c’est mort pour ton dessert ce soir !’’).

 

Règle 2:  N’importe comment tu nourriras tes enfants.

C’est un peu le corollaire de la règle 1. Pour ne pas avoir de caprice, tu balances l’artillerie lourde = le concentré de lipides. C’est ainsi que les enfants de mon quartier sont nourris exclusivement aux goldfish (des petites chips en forme de poisson avec zéro légume dedans, sauf si on considère la patate comme un légume).

Là aussi, pour ne pas devenir folle je pratique la schizophrénie salvatrice : dehors, je les regarde s’empiffrer avec mon expression numéro 37 “Mona Lisa observant sereinement le monde” ; à la maison, on retourne directement aux délicieux brocolis vapeur (qui sentent le chou dans tout le couloir). Les enfants ont commencé par refuser les brocolis (malin), mais ils se sont finalement résolus au coup de la schizophrénie.

 

Règle 3: “Good job, Honey” tu répéteras sans relâche.

C’est le slogan absolu des maitresses : “Good job”. Au bout d’un moment, tes enfants se le disent d’ailleurs entre eux quand ils jouent ensemble, c’est tout à fait flippant.

Ici, on donne des bons points, des A, des “Good job”, des ‘’Amazing’’, des stickers, des “High five”, des “hughs”… Ici l’enfant, par définition, cartonne. Souvent on saupoudre de “Good jobs” des comportements qui ne goodjobent pas du tout, mais c’est important pour construire ce que les américains considèrent comme fondamental: la confiance en eux des enfants (slogan numéro 47, comme chez Aubade : “Building her confidence”). Et c’est vrai que les enfants parlent bien, sont très assurés, dansent aux fêtes de fin d’année et trimballent un gros paquet de confiance en eux qui leur permet de te parler d’égal à égal du haut de leurs cinq ans. Et c’est vrai que c’est chouette (mais que je me dis in petto “sale morveux, monte sur un vélo sans roulettes et on en recause”).

Personnellement, je trouve ça très bien : le monde entier complimente mes enfants à tour de bras sur leurs lunettes, leur politesse, leur couleur de cheveux ou le fait qu’ils aient tiré la chasse d’eau. Leur quota hebdomadaire de compliments étant largement atteint, je n’ai donc pas à culpabiliser de mon attitude de mère fouettarde. Ça compense.

 

Règle 4: Tes enfants, tu surmotiveras.

Ce n’est bien sûr pas une exclusivité américaine. Mais ici la sur-stimulation est la règle absolue.  A six mois, les enfants new-yorkais ont déjà des emplois du temps de ministre (cours de musique, de piscine, de yoga et j’en passe). J’ai souvent l’impression que c’est une manière d’affirmer leur statut social, d’autant que ça coûte la blinde.

Sur ce point, pas d’adaptation majeure à faire : pour peu que tu n’aies pas peur de passer pour la mère radine, il suffit de ne les inscrire à rien. Tu peux éventuellement ajouter des considérations style “l’ennui est une chose formidable”, j’ai personnellement lâché l’affaire.

 

Règle 5: Les fesses de tes enfants, JAMAIS tu n’exposeras.

Tout le monde aux US a une anecdote hallucinante sur la pudeur et les enfants. La mienne concerne une sombre histoire de legging, mais j’ai plusieurs amis qui se sont faits refluer de la piscine, de la plage ou d’une terrasse parce que leur enfant était insuffisamment couvert. L’idée générale, c’est qu’un enfant est d’ores et déjà un être sexué et on ne montre pas son sexe, ou sa culotte, voire ses cuisses, même s’il a six mois et même pendant 37 secondes, le temps de changer une couche avec une dextérité de maman de trois enfants.

L’astuce de la locale : ça ne sert absolument à rien de s’énerver, on tient là une vraie différence culturelle. Donc tu t’adaptes et tu achètes les petits shorts à rajouter sous la robe, pour pas que les prédateurs sexuels de 2 ans ne puissent mater la culotte Frozen de ta fille.

 

Règle 6: Tu auras toujours un peu la trouille de ne pas être conforme.

Ça a l’air idiot, et totalement paranoïaque, mais depuis que j’habite aux US (surtout au début, mais c’est resté), j’ai une angoisse sourde de recevoir un appel des services sociaux. Peut-être parce que comme tous les immigrés, je ne connais pas tous les pièges culturels et que j’ai la trouille de ne pas m’y prendre correctement. Peut-être parce que le système éducatif paraît très balisé dans un pays où les “do’s and don’t” pullulent. Mais pour de vrai, le flicage fait flipper : les pédiatres enregistrent toutes les infos, les maitresses proposent de visiter les maisons avant le premier jour d’école. Les policiers ne sont jamais très loin. Le supermarché du coin fait intervenir son manager au moindre problème. Et moi je passe mon temps à me justifier même quand on ne m’a rien demandé.

Exemple de monologue interne : “merde; il me regarde chelou lui. Attends c’est pas méchant “Charlotte, dépêche toi on va être en retard”. Si ? Zut il va discuter avec une autre maman. Il me montre du doigt là. Ou alors c’est son fils qu’il montre du doigt ? Non, la maman aussi me regarde. A voix très haute, en anglais, avec un petit air sucré complètement con “Charlotte, mon amour, viens !” . De nouveau en monologue “Il a l’air satisfait. Ah non il vient me parler. Merde, merde, merde …” le type “Your daughter looks so cute!! How old is she?” …

 

Règle 7: Tu verras, tes enfants vont adorer.

Finissons sur une touche positive et tout à fait sincère : entre Halloween, les journées déguisées à l’école, les sorties en “field trip” pour visiter la pizzeria du coin (!) et les activités comédie musicale, c’est génial d’être un enfant aux US. Parfois je suis même envieuse de ce qu’ils vivent. Le monde des enfants est plus rose et doré, un peu exagérément parfois, mais quand même, faut avouer : c’est l’éclate.

 

Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on Twitter
Heureux comme Ulysse

Le webzine des familles expatriées

8 Comments

  1. Et Donald dans tout ça ? c’est le premier article en provenance des US que je lis depuis des mois et qui n’en fait pas mention ! 🙂

  2. Merci c’est tres drole! Meme apres 20 ans aux USA c’est toujours comme ca. Il y a tres clairement un profond decalage culturel dans l’education que nous ne sommes pas a meme de surmonter 😉

Leave a Response