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L’identité de l’enfant expatrié : un enfant de la troisième culture ?

L'enfant expatrié: ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre

enfant troisieme culture

Depuis quelques années de nombreuses études se sont penchées sur le développement de l’enfant expatrié et la spécificité de son identité.

La problématique posée s’énonce ainsi : quels repères culturels et identitaires l’enfant expatrié peut-il se construire en grandissant en dehors de la patrie de ses parents ?

L’enfant va construire une « troisième culture » (Third Culture Kids –TCK). Cette troisième culture qui n’est ni celle des parents, ni celle du pays d’accueil, prend donc pour l’enfant une définition très personnelle et spécifique. En tant que parents, il n’est pas toujours facile de comprendre ce que vivent nos petits « citoyens du monde ».

Voici quelques points de repères qui permettront de mieux décoder nos enfants !

 

« D’où viens-tu ? », quel sentiment d’appartenance pour l’enfant expatrié ?

Vous aurez sans doute observé qu’à cette question, l’enfant expatrié semble parfois un peu perdu. Il va successivement répondre son pays de naissance, sa nationalité, le pays de la précédente expatriation ou toute autre réponse qui fera sens pour lui. En d’autres mots, le sentiment d’appartenance de l’enfant expatrié est complexe. Par exemple, sa langue peut être le français, il peut être né aux Philippines, avoir une double nationalité,  n’avoir jamais habité en France, ou avoir habité dans 3 ou 4 pays différents. En bref, il a une identité et une culture multi facettes.

 

Aider nos enfants à trouver leur équilibre entre culture d’origine et culture d’accueil

Une expatriation « réussie » est définie comme la capacité à mixer notre culture d’origine avec la culture d’accueil sans en rejeter une au profit de l’autre. Voilà pourquoi les adultes aussi doivent réaménager leurs codes culturels quand ils arrivent dans un nouveau pays. Mais cela se fait sur une base culturelle solide, construite pendant l’enfance. Nos enfants eux construisent leur base culturelle à partir de toutes ces multicultures.

En tant que parent, nous pouvons aider nos enfants à développer leur propre culture et à renforcer leur sentiment d’appartenance en leur transmettant nos valeurs culturelles et les valeurs de la culture qui nous accueillent à travers les habitudes de vie, les codes culturels, le développement du savoir et de la curiosité culturelle. L’enfant ensuite construira son propre système de valeurs culturelles qui ne ressemblera ni totalement aux nôtres, ni totalement à celui de la culture d’accueil.

 

La temporalité particulière de l’expatriation

D’autre part, cet enfant multiculturel va grandir au gré des expatriations avec l’expérience du changement et la transition.  Combien de temps va-t-on rester ? Ou va-t-on aller après ? Inconsciemment, l’enfant se prépare au changement, il sait qu’il va vivre dans un pays de manière transitoire et définie, et parfois même imprévisible. Son rapport au temps est donc spécifique et il est face à un environnement plus instable. Ces changements géographiques et culturels impliquent toute sa personnalité et la façonne de manière particulière. Adultes et enfants peuvent développer ensemble leur capacité d’être au présent afin de vivre pleinement l’expérience vécue.

 

Quid du lien social, si important chez les enfants ?

De plus, l’identité de l’enfant expatrié est une identité sociale. Il va construire son identité en fonction des multiples rencontres qu’il va vivre au cours de ces déménagements. L’enfant va développer une richesse sociale et de communication en apprenant également plusieurs langues. Cette spécificité du lien social laisse une empreinte chez l’enfant et son ouverture et sa curiosité sociales sont un atout pour lui. Il est facilement adaptable à différents environnements. Paradoxalement, les études montrent que la période adolescente est « retardée » du fait des phases de régression que l’adolescent va expérimenter lors d’un changement de pays. Donc si vous voyez votre adolescent qui a des difficultés à s’autonomiser, cela peut être l’une des conséquences de l’expatriation.

Être à l’écoute de son ressenti, de ses questionnements, de sa frustration ou incompréhension, de son choc culturel ou de la tristesse de la séparation est un outil pour les aider à garder confiance et à se développer sereinement avec flexibilité et adaptabilité.

 

Adélaïde Lefèvre, psychologue clinicienne (Psychoprat’ Paris). Plus de dix ans d’exercice en Europe et en Asie auprès des enfants et familles expatriés.

Co-fondatrice du Réseau Psy Expat

Contact: adel_lefevre@hotmail.com

 

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