Bilinguisme

Faire la lecture à un petit bilingue

livres bilingues

Heureux qui comme Ulysse part vivre à l’étranger. Il y apprendra certainement une nouvelle langue qui l’accompagnera dans tous les aspects de sa nouvelle vie quotidienne. Pour l’y aider, ses parents pensent à tout. Et si la lecture du soir pouvait le faire progresser ? Mais comment choisir les bons livres et dans quelle langue les lire ?

 

La lecture : un moment de plaisir partagé

Le point de départ pour cultiver le goût de la lecture, le plaisir des mots et l’apprentissage d’une nouvelle langue chez notre petit expat est, bien entendu, de lui lire des livres qui lui plaisent ! S’il est du genre à ne pas tenir en place, choisissez avec lui des thématiques qu’il adore pour qu’il prenne plaisir à vous écouter et à participer à ce moment de lecture. Avec le temps et en grandissant, vous pourrez l’introduire à d’autres histoires, d’autres univers qui viendront enrichir son imagination et son vocabulaire. Mais pour cela, il faut déjà l’avoir habitué à ces moments de lecture.

 

Lire dans sa propre langue

Quand les deux parents d’Ulysse sont Français, il vaut mieux que la lecture du soir se fasse en Français. Si l’on pense bien faire en achetant des livres dans la nouvelle langue que l’enfant est en train d’apprendre, il n’est en réalité pas très bon d’essayer de lire dans une langue que l’on ne maîtrise pas bien. Lire à haute voix quand on n’est pas sûr de la prononciation et des intonations peut faire plus de dégâts qu’autre chose. Egalement, vos hésitations ou le manque de fluidité dans votre lecture pourrait rebuter un petit Ulysse impatient.

Si les deux parents parlent des langues différentes, c’est le même principe : il vaut mieux que chacun lise dans sa propre langue. Même si chacun maîtrise la langue de l’autre, Papa n’a peut-être pas la bonne musique de la langue de Maman, et inversement. Dans ce cas là, il est bon d’alterner pour cultiver les deux langues avec équilibre. Vous pouvez constituer une petite bibliothèque à votre enfant avec un étage pour chaque langue. Très vite, il saura où piocher son livre du soir en fonction du parent qui s’installe avec lui.

Enfin, lorsque l’on vit à l’étranger, il est important de lire à son enfant dans sa langue maternelle pour qu’il continue à l’entretenir et l’enrichir. Car on oublie trop souvent que les langues sont vivantes et qu’elles peuvent mourir. Alors que vous aidez de votre mieux votre enfant à devenir bilingue, ne délaissez jamais votre langue maternelle. Si les enfants apprennent vite une nouvelle langue, ils peuvent aussi se détourner très vite d’une langue qui ne leur sert plus beaucoup.

 

Les livres bilingues ?

En expatriation, alors que les parents poussent leurs enfants à apprendre les langues, pourquoi ne pas choisir des livres bilingues ? Ces livres présentent généralement une seule histoire et l’exposent en deux langues (chacune étant la traduction formelle de l’autre).

Personnellement, ce n’est pas une solution que je choisirais. Je m’explique. A mes yeux, la lecture est importante car :

  • elle permet de créer des liens entre l’enfant et le parent qui lit,
  • elle aide au développement de la compréhension de la langue,
  • elle enrichit le vocabulaire de celui qui lit ou à qui on fait la lecture.

Elle est aussi très importante pour la musique de la langue et car elle aide à découvrir des cultures derrière des histoires et des mots.

Car tout livre est unique. Il correspond à une culture : celle de l’auteur. Celui-ci écrit en fonction de la culture qui est la sienne, culture qui donne une certaine couleur à l’histoire. Comme chaque langue est associée à une culture, comme chaque culture a sa langue, il me semble difficile de présenter une même histoire avec deux langues en même temps – une traduction, c’est autre chose. Certains diront que cela permet une sorte de passerelle entre deux langues. Certes, mais dans le cas des enfants qui vivent dans un environnement multiculturel, les livres bilingues n’aident pas à l’assimilation de la langue (et de la culture) maternelle.

Notre petit Ulysse connaît déjà plusieurs langues, langues qu’il vit au quotidien. La lecture séparée dans les deux langues ne peut que l’aider à développer sa perception de ces langues et le plaisir qu’elles offrent. Quand il lit avec Papa ou Maman, il n’est pas à l’école. Il découvre les cultures de ses parents via les histoires et les langues de ces derniers. À chaque histoire correspond une langue. Si vous vivez à l’étranger et que vous souhaitez cultiver le lien entre Ulysse et son pays d’origine, c’est dans la langue de celui-ci qu’il faut lire. Un enfant associe le texte à l’image qu’il voit. Et donc en lisant un livre dans une langue spécifique, avec des images correspondantes, il pourra s’imaginer ce que font et vivent ses cousins lointains.

Par exemple, si l’on raconte en Français l’histoire d’un petit garçon en Afrique, le point de vue sera celui d’un Français. Votre enfant découvrira le vocabulaire français pour décrire ce petit garçon et en même temps les points de vue liés à cette langue. Les Britanniques parleront de ce même petit garçon africain d’une manière autre, avec un autre vocabulaire et s’intéresseront à d’autre aspects de la vie de ce petit garçon. Deux histoires, deux livres différents, deux langues.

Selon moi, les livres bilingues peuvent donc être utiles dans le cadre de l’apprentissage d’une langue, mais pas dans le cadre d’une éducation multiculturelle. Ils permettent aux enfants monolingues d’apprendre une nouvelle langue en se focalisant sur le vocabulaire, la construction des phrases. Bref, un aspect plus académique que culturel.

 

Les imagiers bilingues

Si je ne préconise pas l’utilisation de livres bilingues, je recommande au contraire les dictionnaires imagiers bilingues. Sans histoire, ils sont un bon moyen de développer le vocabulaire de notre petit Ulysse en s’en tenant à la traduction formelle des mots du quotidien. Il en existe de très nombreux. Si les mots sont écrits dans les deux langues en dessous de chaque image en suivant l’alphabet d’une des deux langues, l’enfant peut ainsi découvrir le mot dans ces deux langues. Quand votre enfant ne sait pas encore lire, on peut utiliser cet imaginer à ‘’deux voix’’ : les parents français lui lisent les mots dans leur propre langue et, s’il est gardé dans la journée par quelqu’un de non Francophone, cette personne lui lira ces mêmes mots dans l’autre langue. L’enfant enrichira ainsi son vocabulaire dans les deux langues. Quand il commencera à lire, votre enfant pourra continuer à feuilleter cet imagier et découvrira comment écrire ces différents mots.

 

Voilà donc quelques pistes pour cultiver le plaisir de la lecture chez les tout-petits bilingues. Ecouter des histoires (ou les lire soi-même), dans une langue ou dans une autre, découvrir des nouvelles cultures et de nouvelles langues, tisser le lien avec son pays d’origine, bientôt, apprendre à écrire… combien de sujets riches et passionnants que nous vous invitons à creuser avec nous dans les mois et les articles à venir !

 

Isabelle Barth

Spécialiste en acquisition des langues

www.studio-langues-mobilite.com

 

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Heureux comme Ulysse

Le webzine des familles expatriées

9 Comments

  1. Je suis entièrement d’accord sur le fait de garder la lecture dans la langue maternelle mais les livres en français ne sont pas toujours évident à trouver :/ nous essayons de faire le plein de livres lors de nos retours en france mais ce n’est pas toujours évident…

  2. Coucou,

    Je suis complètement d’accord pour la lecture de livres bilingues, je ne pense pas que ce soit une bonne chose quand l’enfant est encore en phase d’acquisition. Peut-être, plus tard, plus grand quand il aura pleinement conscience de ce qu’il fait et des différences qu’apportent les langues…

    Bonne journée,

  3. Chez nous, on lit tout, en anglais, en français, avec papa (US), maman (fr), et notre fils adore toutes les combinaisons possibles. Au lieu de l’embrouiller, ça le rend curieux et il comprend l’intérêt de parler et lire plusieurs langues: tout le monde peut tout lire dans les deux langues. Aucune confusion, au contraire. Faites ce que vous aimez comme vous l’entendez, et votre enfant vous suivra dans votre passion de la lecture, quelle que soit la langue, maternelle ou pas, et quelles que soient les hesitations ou erreurs.

    1. Merci Céline pour votre témoignage ! Et vous avez fonctionné comme ça depuis le début, ou une fois que votre fils a commencé à être à l’aise dans chacune des langues ?

  4. J’ai – ou plutôt mes enfants et moi-même avons – découvert des livres bilingues, les “Minidual” qui proposent des histoires très sympas et dont un chapitre est dans une langue et le suivant dans une autre. Je trouve cela très intéressant pour des enfants qui naviguent entre deux langues !

  5. Bonjour,
    Un petit conseil ( comme Vanessa, nous devons remplir les bibliothèques et c’est toute une logistique. ) pour se faire poster des livres ou des revues ( nos enfants ont des abonnements mensuels que mes parents nous re-expédient ) : demandez le tarif “culturel pour envoi de livres en langue française”. Les guichetiers de la poste ne le proposent pas forcément spontanément mais c’est vrai intéressant, et rend du coup les envois de lecture beaucoup accessible.

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