Famille

Lettre d’une femme expatriée à ses parents restés en France

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Ma chère Maman,

Mon cher Papa,

14 ans. Voilà 14 ans que j’ai quitté la France, suivant alors mon tout jeune mari vers un lointain pays étranger, sans savoir que ce pays étranger nous mènerait vers un autre pays étranger, puis vers un autre et encore un autre.

14 ans, 4 pays et une visite de vous chaque année. Deux visites les années où les enfants sont nés.

Je n’ai pas encore passé la moitié de ma vie à l’étranger, mais je m’en approche. Bientôt, j’aurai passé la moitié de ma vie loin de la France, mais surtout loin de vous.

Aujourd’hui, alors que je me remets à faire des cartons, je réalise que je suis déjà en train de réfléchir à l’aménagement de notre chambre d’amis. Qui s’appelle la chambre d’amis mais qui est surtout la vôtre. Et aujourd’hui, je voulais vous écrire. Vous écrire pour vous dire merci.

Merci de m’avoir laissée m’envoler au bout du monde il y a 14 ans, avec votre amour et votre fidélité pour racines. Merci, tout au long de ces années, d’avoir accepté mes décisions, merci de n’avoir jamais jugé mon goût de l’étranger, de n’avoir jamais cherché à me faire revenir. Merci de ne pas nous avoir demandé il y a 3 mois : « Bon, cette fois, c’est votre dernier pays quand-même ? », même si je sais que la question vous a brûlé les lèvres.

Merci de m’avoir toujours parlé de la France avec bienveillance, comme pour me dire que le jour où je rentrerai (si je rentre), j’y serai bien. Merci aussi d’avoir toujours parlé des pays dans lesquels j’ai vécu avec bienveillance, comme pour m’aider à y être très heureuse.

Merci de vous être mis à voyager à 50 ans passés ! Merci d’avoir appris 3 mots de chinois, puis 3 mots de russe, puis 3 mots d’espagnol. Merci de ne vous être jamais offusqué si, parfois, j’en savais à peine plus que vous !

Merci de vous être intéressés au confucianisme, puis aux tzars puis aux conquistadors ! Merci d’avoir gouté à des tas de choses très étranges, et aussi de nous avoir dit régulièrement : « Bon, ce soir, on mange Français ! ».

Merci d’avoir toujours réussi à caser dans vos valises des cadeaux de Noël et d’anniversaires, des vêtements de ski et des pulls d’hiver, des gigotteuses en taille 3 mois, des kilos de livres, des tonnes de fromage ou de chocolat.

Merci car vous n’avez jamais mis de distance entre vous et mes enfants, même si vous n’avez encore jamais vécu à moins de 6 heures de vol les uns des autres. Merci de vous intéresser à leur vie quotidienne et à leurs habitudes locales qui vous sont si étranges. Merci de ne pas vous vexer quand ils ne trouvent pas leurs mots en français. Du fond de mon cœur, merci de me cacher parfois la complicité que vous avez avec certains de leurs cousins que vous voyez si souvent, dont vous connaissez toutes les petites habitudes et dont aucun mini progrès ne vous échappent.

Je voulais aussi vous dire comme j’apprécie ces petits déjeuners que vous passez avec nous les matins d’école. Des petits déjeuners qui se passent parfois comme dans les pubs Ricoré ou qui parfois finissent dans l’énervement total ! Merci pour tous ces moments pas spécialement merveilleux mais qui me rappellent mon enfance. La tête de Papa au petit-déj, l’odeur du thé de Maman…

Merci de vivre chez moi un peu comme si vous étiez chez vous. Merci de ne pas être en représentation, de ne pas vous sentir obligés de nous faire la conversation tout le temps. Merci aussi de me laisser vaquer à mes occupations quand vous êtes là. Merci pour toutes les fois où vous m’aidez, et merci pour toutes celles où vous avez juste profité tranquillement de bonnes vacances en famille.

Merci d’avoir gardé le même lien avec moi qu’auparavant. Merci de m’appeler pour me raconter des broutilles, merci de me le dire quand vous n’avez pas le temps de me parler, merci de me le dire franchement quand on est en désaccord, sans se dire que la distance pourrait tout déformer ou aggraver.

Et merci aujourd’hui de lire cette lettre sans vous dire : « Mon dieu, tant de gentillesse et de remerciements, mais qu’est-ce qui lui prend ? ». C’est que j’ai tous ces mercis dans le fond de mon cœur depuis longtemps, et que je les emmène avec moi de pays en pays. Ce soir, quand je bouclerai mes cartons, ils seront un peu moins lourds que d’habitude.

Je vous aime et je vous dis « À bientôt, à l’autre bout du monde ! »

Votre fille, Coralie,

Buenos-Aires, février 2018

 

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