Bilinguisme

Oui, je parle franglais. Et alors?

Stresser à l’idée de parler anglais devant des anglophones qui risquent de ne pas comprendre, craindre de parler anglais devant des français expats pas forcément bienveillants, redouter de glisser des anglicismes devant les Français de France… Ça vous parle ?

Parler des langues étrangères, c’est formidable mais ce n’est pas toujours de tout repos. Alors, j’ai décidé de me soucier moins de ce que les autres pensent quand j’essaye de m’exprimer. Le plus facile étant d’assumer mon “franglais” devant mes amis non-expatriés et de moins faire la guerre à mes enfants quand ils parlent un drôle de français.

 

Je parle franglais et j’en suis fière

Pourquoi est-ce que je parle franglais ?
Car je parle anglais !

Et pourquoi je parle anglais ?
Car j’ai quitté la France pour partir vivre dans un pays anglophone, je suis sortie de ma zone de confort, j’ai fait des efforts énormes pour m’adapter et m’intégrer, cela passant en très grande partie par le fait de ressortir mes vieux rudiments d’anglais et d’essayer de les hisser à un niveau correct.

Bref, rien qui ne mérite d’en rougir.

Et qui, en général, se moque de mon franglais ?
Les Français qui vivent en France et, le plus souvent, ceux qui sont bien incapables d’aligner deux mots d’anglais. Il y a ceux qui se moquent gentiment (ou pas) et ceux qui ne disent rien mais que le moindre mot anglais dans une conversation irrite au plus haut point.

 

Je ne parle pas franglais pour “me la jouer”

Sachez donc que quand j’utilise un mot anglais, ce n’est pas pour en “mettre plein la vue”. Ce n’est pas prémédité, c’est juste que c’est comme ça que le mot me vient à l’esprit. Quand je dis le school bus, oui, je pourrais dire le “bus scolaire” mais ce ne serait pas très naturel pour moi. J’habite aux États-Unis, ici on parle à longueur de journée des déboires et des horaires du school bus avec mes amies expats, avec les mamans américaines ou avec le management des bus. Quand je parle du school bus de mes enfants, non je ne me trouve pas super cool, je parle juste, avec le plus de naturel possible, de mon quotidien. Et non, ça ne me vient pas à l’esprit qu’il faille traduire ce terme.

Quand je dis que j’habite dans un quartier safe, là encore (croyez-moi !), je ne cherche pas à frimer. J’utilise un mot parfaitement adéquat qui, à mes yeux, n’a pas d’équivalent aussi pratique et adapté en français. C’est la même chose quand je dis que je vais forwarder un message ou que j’ai hâte d’avoir un feedback. Si vous trouvez un équivalent à “Surtout, ne me spoiles pas cette saison!”, chapeau!

 

Parler franglais versus Ne pas parler un mot d’anglais

S’intégrer à un pays, se jeter à 100% dans la pratique d’une langue étrangère, c’est aussi y abandonner un petit peu de soi. Vivre en immersion (même pas forcément totale), ça vous atteint dans votre être plus qu’on ne pourrait le croire. Votre cerveau est impacté par ce bilinguisme qui se développe en vous, vos habitudes, votre façon de penser sont changées. Difficile de tout cloisonner : « Là, je parle à des Américains. Là, je parle à des Français. » Il me semble absolument naturel qu’un mot anglais puisse nous échapper dans une conversation. Et ceux qui se moquent ou qui sont irrités seraient sûrement les premiers à vous blâmer si vous ne parliez toujours pas bien anglais alors que vous vivez à Londres, à Sydney ou à Chicago depuis 5 ans.

 

Et mes enfants ?

Chez moi, les champions du franglais, ce sont mes enfants. Non seulement ils utilisent des mots anglais dans des phrases en français mais, en plus, ils créent parfois leurs propres tournures de phrases, basées sur des constructions anglaises.

Les enfants ne parlaient pas un mot d’anglais quand nous nous sommes installés aux États-Unis. Alors, j’ai passé la première année à trembler pour eux quand ils ont commencé à s’exprimer en anglais… et puis, j’ai passé notre premier été en France à trembler pour eux quand ils utilisaient des mots anglais devant leurs oncles et tantes ou leurs cousins. Jusqu’à ce que je réalise que, en fait, j’étais très fière d’eux.

Les petits expats en ont beaucoup sur les épaules. Eux aussi, alors qu’ils n’ont rien demandé (contrairement à mon mari et moi qui avons fait des pieds et des mains pour nous expatrier), ils quittent leur maison, leur pays, leurs amis et on leur explique qu’ils doivent s’adapter, s’intégrer et devenir bilingues. Si on répète souvent que les enfants sont comme des éponges et qu’ils apprennent les langues étrangères en un claquement de doigt, ce n’est pas si vrai. Eux aussi, ils peuvent peiner, voire refuser, d’apprendre une nouvelle langue.

Alors, plutôt que de les reprendre à chaque fois qu’ils parlent franglais, j’essaye d’être plus souple avec mes enfants, plus bienveillante. Qu’ils parlent un bon français est très important pour moi mais je ne m’inquiète pas, je sais que, sur le long terme, ce n’est pas un problème. Je vois leurs plus gros anglicismes actuels comme un “effet collatéral” de leur bilinguisme. Et je vois leurs anglicismes plus courants comme les miens : un tic du langage logique, une preuve de leur adaptabilité. Comme pour moi 😉

 

Marion F., Chicago, mars 2018

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