Vivre ailleurs

Pourquoi l’éducation suédoise est-elle aussi merveilleuse (ou pas) ?

Attention : on ne va pas limiter l’éducation à l’école, mais plutôt voir comment on peut procéder afin de parvenir à l’épanouissement de l’enfant dans tous les domaines. Pour cela, il faut :

 

  1. Une bonne santé.

Dès un an (l’âge minimal pour déposer son enfant à la crèche), les enfants sont envoyés dehors sous prétexte qu’« Il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que des mauvais vêtements ». Vous pouvez donc retrouver votre bébé sous des trombes d’eau ou tentant de briser le sable gelé avec sa pelle. Cela fortifie l’enfant.

S’il tombe malade, on attend que ça passe. Il est interdit de voir un médecin avant quatre jours de fièvre. Si vous insistez, on vous renverra chez vous en disant à votre enfant de manger des glaces (si si). Dans ces conditions, le monde du travail est assez compréhensif lorsque vous devez « vaber », quitter le travail pour vous occuper de votre enfant…et ce n’est pas toujours la maman qui s’arrête !

Le gouvernement s’occupe de prendre les rendez-vous médicaux à votre place. Chaque année, une visite générale est organisée dans les écoles, et les vaccins sont administrés gratuitement aux enfants. Vous recevez par courrier les dates où ils sont attendus chez le dentiste pour un contrôle. Celui-ci leur donne des conseils, notamment : « Le samedi, il faut manger des bonbons à volonté, mais uniquement le samedi ».

 

  1. De l’égalité pour un bon équilibre.

Le père est très impliqué dans le congé parental interminable[1] qu’il partage avec la mère, et ensuite dans l’éducation. Vous pouvez croiser des groupes de papas qui prennent une bière avec un bébé sur le ventre, ou qui accompagnent leur enfant au sport.  En cas de divorce, la garde alternée est automatique.

On trouve des enfants handicapés dans toutes les crèches et écoles, sans dépasser un par classe. Il existe aussi des classes entières d’enfants handicapés physiques et/ou mentaux, mais contrairement à la France où on ne les voit presque jamais, ici on les croise partout : dans les bus et tramways parfaitement adaptés, dans les musées ou les parcs de jeux, à la piscine… La différence s’estompe avec l’habitude.

Enfin, dans la mesure du possible, les Suédois essaient de ne jamais laisser un enfant de côté. Pour les anniversaires, par exemple, on invite toute la classe. Il faut faire attention à ne blesser personne[2] et à écouter tous les points de vue, même si cela prend des heures !

 

  1. De la patience et de la confiance.

À la crèche, l’enfant apprend petit à petit, en observant les autres : si pendant plusieurs mois, il mange avec les mains, ce n’est pas grave, il finira par utiliser les couverts. Contrairement à la tendance actuelle qui consiste à noyer les enfants sous les activités « d’éveil » dès leur plus jeune âge, ici l’enfant doit s’ennuyer et chercher par lui-même des activités. Cela développe l’imaginaire.

Bien sûr, cela entraîne aussi des dérives. Comme l’enfant peut faire ce qu’il veut, vous pouvez le retrouver perché tout en haut d’en arbre ou en train de dévaler une pente rocheuse avec ses amis. Une anecdote vécue : en attendant que le garagiste installe des pneus hiver sur notre voiture, mon aîné a mis son frère dans une roue de tracteur qu’il a ensuite projetée dans l’atelier. Le garagiste s’est contenté de rire aux éclats, de féliciter les enfants pour leur imagination et de leur offrir à chacun une boîte de bonbons (pourtant, on n’était pas samedi).

Pas de punition, pas de fessée, on ne hausse jamais la voix. On est dans la discussion permanente en cas de conflit. Et on fait confiance à l’enfant : s’il veut un Ipad à trois ans, il saura sûrement limiter tout seul son temps devant l’écran.  Au pire, il deviendra un « petit con »[3] comme le craignent certains.

 

 Et l’école dans tout ça ?

Il y a des places en crèche pour tout le monde jusqu’à cinq ans. Puis l’école commence, de 8h ou 8h30 à 14h ou 14h 30 tous les jours – garderie jusqu’à 17h pour les parents qui travaillent. Les autres les inscrivent souvent à des activités sportives qui sont payantes, mais pas trop chères grâce aux nombreuses subventions du gouvernement.

L’enfant reçoit un emploi du temps dès l’école primaire. Les parents peuvent ainsi savoir à quelle heure leur rejeton fait du dessin ou du sport. Le soutien varie selon les écoles mais mon préféré est celui qui consiste à faire venir les enfants un peu perdus le matin de 8h à 8h30 ou de 14h30 à 15h tous les jours. Ainsi l’enfant n’est pas trop stigmatisé, peut rapidement rejoindre ses camarades et sait qu’il bénéficie d’un suivi régulier. A titre de comparaison, lorsque j’étais professeur  en collège, huit élèves devaient venir en soutien une heure supplémentaire par semaine. Le vendredi à 17h. Après deux heures de sport. Pendant que les autres partaient en week-end.

 

Ce que j’aime aussi ici, et que je compte appliquer quand je rentrerai en France, c’est la valorisation positive de l’élève. Comparez les questions posées en fin de trimestre et cherchez lesquelles sont meilleures pour le développement de l’enfant : « As-tu rencontré des problèmes ? Que penses-tu de l’ambiance de la classe ? Certaines personnes t’empêchent-elles de travailler ?  » vs. « Qu’as-tu préféré ce trimestre ? Quelles qualités as-tu développées ? Comment peux-tu faire pour apporter davantage de bien-être à la classe ? ». On valorise également l’obtention des diplômes dans une grande fête collective étendue à toute la ville.

Bref, si l’on passe sur l’orthographe suédoise catastrophique – des mots aussi simples que « fauteuil, costume, interview » deviennent « fåtölj, kostym, intervju » dans les dictées – l’école est un espace où l’on veille à ce que les élèves se respectent et s’épanouissent. Il est d’ailleurs inscrit dans la loi suédoise d’élaborer un plan annuel anti-harcèlement dans chaque établissement (en même temps, s’il faut le refaire tous les ans, ça veut bien dire que les Suédois n’ont pas encore une solution miracle…mais ils y travaillent).

 

Enfin, les cours pour adultes sont extrêmement bien organisés. Apprendre le Suédois est gratuit pour les étrangers, qui s’engagent à venir tous les jours pendant trois heures aux horaires qu’ils préfèrent. Il faut pointer et les évaluations sont régulières. Le premier jour, on vous apprend qu’en Suède, on doit être ponctuel à la minute près, ranger son téléphone…Dans la pratique, il y a beaucoup de retards, les élèves téléphonent en cours et c’est à qui trichera le plus durant les évaluations. Les professeurs laissent faire, sans doute parce que le bien-être de l’élève est préférable à la sanction. Mais avec le temps, tous finissent par parler plus ou moins bien la langue…preuve que l’éducation suédoise est efficace malgré tout !

 

Emilie de Göteborg

[1]. Beaucoup plus long qu’en France, celui-ci est rémunéré à 80% du salaire.

[2]. http://www.fransk-svensk.com/nous-allons-reflechir-la-question/?lang=fr

[3] http://www.slate.fr/monde/83599/suede-generation-education-enfant-roi

 

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