Famille

« Quand est-ce qu’on rentre chez nous ? », dixit l’enfant expatrié

enfant expatrié

Comme il y a des enfants qui acceptent (apparemment) très bien l’arrivée d’un nouveau petit frère et qui un jour, de but en blanc, vous demandent quand est-ce que vous allez rendre le bébé à la maternité, il y a des petits expats qui semblaient bien s’intégrer à leur nouveau pays et qui soudain demandent à rentrer chez eux.

Douche froide pour le parent attentionné qui avait pourtant tout fait pour que son enfant vive ce début d’expatriation en douceur. Et question bien plus complexe qu’il n’y paraît. Comment répondre à : « C’est où chez nous ? ».

Il n’y a pas vraiment de réponse type à cette question. Disons qu’il y a des pistes de réponses, plus ou moins concrètes, à adapter en fonction de l’âge, de la sensibilité ou du parcours d’expatrié de son enfant.

 

Le petit enfant (3-6 ans) : chez moi à la maison, avec Papa et Maman

Chez les petits enfants, il n’y a de réel que ce qui leur est concret, ce qu’ils voient autour d’eux et qu’ils expérimentent au quotidien. Et chez ces petits enfants, l’essentiel de tout cela se passe entre leur maison et leur école (s’ils y vont), et principalement en famille. Le point de repère principal d’attachement pour l’enfant, à cet âge là, ce sont ses parents. Donc, si votre petit expat vous demande « C’est où chez nous ? », vous pouvez le rassurer en lui parlant de cette nouvelle maison où vous vivez avec lui, et de sa chambre. C’est là, chez vous, chez lui : votre famille, au milieu de vos objets du quotidien (si vous avez pu en apporter). Vous pouvez lui dire simplement : « On est chez nous ensemble, dans la maison, mais on vit dans ce nouveau pays qui nous accueille. » Ainsi, vous le rassurez sur la stabilité du chez lui, tout en n’occultant pas que, oui, il y a eu un grand changement.

S’il insiste en vous demandant « Mais quand est ce qu’on rentre chez nous ? », il va falloir l’aider à se projeter un peu et voir plus grand. Mais gardez bien à l’esprit que se projeter, ce n’est pas le fort des petits enfants ! La notion de temps chez eux est très différente, et celle de ‘’temporaire’’ est parfois impossible à comprendre. Trop petit, ce n’est pas la peine d’embrouiller votre enfant en lui expliquant qu’un jour, vous rentrerez (‘’chez vous’’). Cela risquerait aussi de le mettre en situation d’attente, et pourrait l’empêcher de s’investir pleinement dans sa nouvelle vie. Si vous sentez que votre enfant n’est pas encore assez mûr, recentrez la conversation le plus possible sur le présent : « C’est chez nous c’est ici ! Plus tard, on verra. ».

Essayez également de lui retourner la question, demandez-lui ce qu’il en pense. Pour lui, c’est ou chez lui ? Qu’est ce qui lui manque (éventuellement) pour se sentir chez lui ? A-t-il besoin de voir ses grands-parents ? Le faire réfléchir l’aidera à investir davantage son chez lui (actuel).

 

L’enfant un peu plus grand (à partir de 6-10 ans) : chez moi dans mon pays

En grandissant, votre enfant a élargi son champ de vision et a gagné en autonomie. Bien qu’il vous aime toujours beaucoup, sa vie quotidienne ne tourne plus principalement autour de vous et de sa jolie petite chambre. Il a une vie en dehors de la maison, qu’il investit de plus en plus chaque jour. Ses amis commencent à tenir une place très importante dans sa vie et, en débarquant dans un nouveau pays, il peut prendre lui-même conscience des différences. Quand il s’interroge sur le ‘’chez nous’’, souvent, il a déjà un pied en dehors de la maison, il parle de son environnement dans son ensemble, du pays qui est le sien.

Le grand enfant qui pose cette question commence à s’interroger sur son identité. Il est Français mais il vit dans un autre pays, parle une autre langue, développe des habitudes culturelles locales, n’a peut-être aucun ami Français… Il peut se sentir perdu. Parlez-lui alors de ses racines, de la France (si vous aimez à cultiver le lien avec votre pays) et de ses grands-parents ou cousins qui y vivent toujours. Comme avec un petit enfant, lui demander d’essayer de répondre lui même à la question du ‘’C’est ou chez moi ?’’ est très intéressant pour l’aider à construite sa propre représentation. Dans cette idée, encouragez-le à parler de son “chez lui” à ses grands parents ou à ses copains (ceux qui sont restés en France, les nouveaux rencontrés récemment…).

Expliquez-lui ce qu’est une nationalité. Pour cela, vous pouvez par exemple sortir son passeport et lui montrer que les tampons des différents pays à l’intérieur sont éphémères par rapport au mot France écrit sur la couverture. Parlez lui également de ses amis, ils sont si importants. S’ils fréquentent d’autres petits expatriés, citez les différentes nationalités, montrez-lui où se trouvent ces pays… Il comprendra qu’une nationalité n’enferme pas dans un pays et qu’un expatrié n’est pas qu’un Français de l’étranger.

C’est en prenant conscience de tout ce qui le lie à la France – et cela pour toujours, et où qu’il se trouve – que votre enfant se sentira rassuré et pourra mieux se projeter dans un parcours d’expatriation. Ainsi, il comprendra la notion de pays d’accueil et intégrera que l’on peut être chez soi quelque-part géographiquement, tout en venant d’ailleurs.

A partir de 6-7 ans, l’enfant peut commencer à se projeter dans le futur. Si chez vous (en tous cas, dans votre esprit), c’est la France et que vous savez quand vous y rentrerez pour de bon, expliquez-lui clairement. Dites-lui quel âge il aura à ce moment là, là où vous vous réinstallerez si vous le savez déjà, qui vous retrouverez de votre quotidien d’avant, quelles habitudes vous reprendrez avec joie. Si vous ne savez pas quand ce retour se fera, c’est pareil, dites-lui en lui expliquant que vous le saurez en avance et que bien sûr, lui, et ses frères et sœurs, seront les premiers informés. Dans les deux cas, expliquez-lui surtout que pour le moment, vous avez lui et vous une vie à créer dans le pays où vous vous trouvez, votre chez vous actuel, et aidez-le à s’intégrer au mieux.

 

Et l’enfant de la Troisième culture ?…

Votre enfant n’en est pas à sa première expatriation ? Il vit en Thaïlande mais, avant, il vivait au Mexique, et encore avant cela, au Japon, deux pays qu’il chérit et qu’il connaît tellement plus que la France ? Il sait qu’il est Français, mais il n’y a jamais vécu ?

Vous tenez là un beau spécimen d’enfant de la Troisième culture ! Même très bien dans ses baskets, l’enfant de la troisième culture n’aime pas trop qu’on lui demande d’où il vient. Il sait quoi répondre mais c’est toujours long à expliquer. Il le fera avec plus ou moins de bonne volonté, en fonction de la personne qui lui a posé la question, en fonction des périodes de sa vie qu’il préfère le plus évoquer… C’est qu’il n’est pas facile à cerner cet enfant de la Troisième culture. Nous nous pencherons sur lui plus en profondeur très bientôt.

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