Lecture & culture

Quels livres au programme du bac de français ?

adolescent livres

Les références littéraires courantes dans les dissertations du bac de français sont Harry Potter de Rowling, Le Seigneur des anneaux de Tolkien et Roméo et Juliette de Shaikspir (enfin, c’est comme ça que je le vois orthographié en général). Les auteurs français sont trop souvent absents ou simplement méconnus. L’année dernière, j’ai même trouvé dans une copie : « On peut penser que Jules Verne s’est inspiré du film ”Nemo” le poisson puisqu’il a pris le même nom et que l’histoire se déroule sous les mers également. »

Il est donc grand temps de réagir. D’autant que d’après le dernier programme officiel en date, tout élève de Première doit connaître en fin d’année l’histoire intégrale de la poésie française, ainsi que celle du théâtre et du roman depuis le Moyen-âge jusqu’à nos jours (tant qu’à faire). Dans les deux mois qui restent avant l’EAF, les parents concernés que vous êtes pouvez tout mettre en œuvre pour faire rentrer un peu de culture française chez votre enfant qui croit qu’il n’en est plus un mais qui vous remerciera plus tard de l’avoir aidé. Pour cela, vous avez toujours la possibilité de leur offrir une Anthologie littéraire comme celle de Lagarde et Michard ou les Itinéraires littéraires aux éditions Hatier (500 pages par siècle, 3000 au total, mais quel choix de textes merveilleux !). Ou, si vous êtes sceptiques, adoptez l’une des stratégies suivantes :

  • Lorsque vous roulez en voiture, écoutez des poèmes chantés (au hasard « Ulysse » par Ridan) ou des Fables de la Fontaine récitées. Comme votre ado risque de croire qu’il est trop vieux pour ça, prétendez que c’est important pour la culture de son petit frère (si votre enfant n’a pas de petit frère, emmenez en voyage le fils de la voisine par exemple). Puis discutez de la morale de fables comme « Les Femmes et le secret » ou « Le Meunier, son fils et l’âne », auxquelles il pourra faire allusion à l’écrit ou à l’oral du bac par la suite. Côté poésie, les plus grands poètes sont mis en musique. Si, par le plus grand des hasards, « Le Dormeur du Val » de Rimbaud se trouve être au programme du CNED Première, passez en alternance la version de Léo Ferré et celle d’Yves Montand, et lancez des remarques anodines entre les deux, du type : « Quel beau poème, si travaillé ! Il paraît qu’il y a un acrostiche caché en rapport avec le titre mais je n’ai jamais réussi à le trouver. Allez, on se le réécoute encore une fois jusqu’à ce que j’y arrive. » Avec une telle méthode, votre enfant se fera une joie de vous aider et sera plus attentif au texte.
  • Lorsque vous êtes chez vous, bidouillez le contrôle parental pour que les seules vidéos accessibles sur le Net soient Dom Juan de Molière, Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, Antony de Dumas et Art de Reza. Ça lui fera toujours une référence théâtrale par siècle.
  • Essayez de lui faire découvrir différents romans français susceptibles de lui plaire. Vous pouvez les lire vous-même, puis vous exclamer : « Je viens de finir La Chambre des officiers de Dugain / Saga de Benacquista / Ravages de Barjavel / Acide sulfurique de Nothomb / L’Adversaire de Carrère /D’après une histoire vraie de De Vigan, je suis sûr(e) que tu aimerais, jette un coup d’œil ! »
  • Si votre enfant n’a pas le temps ou n’aime pas lire (deux excuses récurrentes), vous pouvez lui proposer « Matin brun » de Franck Pavloff – trois pages sur Internet – qui lui sera utile pour l’argumentation. Des livres courts comme Le Dernier Jour d’un condamné de Hugo, Cannibales de Daeninckx et même L’Etranger de Camus sont également souvent utilisés dans cette thématique pour parler de l’autre, de la vie dans notre société ou dans un passé plus ou moins proche. L’excellent ouvrage La Controverse de Valladolid de Carrière est un peu plus long mais existe en film.
  • Pour finir, si votre enfant refuse toute lecture, il ne vous reste plus qu’à utiliser les repas familiaux pour raconter en détails et avec passion les aventures de Tristan et Yseult, par exemple. Plusieurs avantages : le texte est anonyme (pas besoin de citer l’auteur, donc), il date du Moyen âge, époque où l’orthographe n’est pas encore fixée (votre enfant peut tranquillement écrire « Iseut », il marquera des points par rapport à ses camarades qui citent « Juliet », enfin justement le correcteur sera heureux de trouver un peu d’originalité.

Alors bien sûr, on aimerait tous découvrir dans quelques mois des élèves capables de comparer la philosophie de Voltaire à celle de Rousseau ; qui ont tremblé pour Madame Bovary dans le roman de Flaubert, ou à cause de la marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses de Laclos ; qui ont retenu leur souffle en lisant Les Travailleurs de la mer de Hugo ; qui ont compris que les héros de Stendhal n’en étaient pas dans La Chartreuse de Parme et Le Rouge et le Noir ; qui ont repéré chaque jeu de mot dans L’Ecume des jours de Vian ;  qui ont lu le Cahier d’un retour au pays natal de Césaire sans avoir besoin d’un dictionnaire ; pour qui la portée critique de Bel-Ami de Maupassant est évidente ; qui peuvent aisément donner des exemples de la publicité au XIXe siècle en citant César Birotteau de Balzac ou Au bonheur des dames de Zola ; enfin qui passent leur temps libre plongés dans la Recherche du temps perdu de Proust. Mais rencontrer simplement un élève qui dit/écrit avoir apprécié un livre et qui est capable d’expliquer pourquoi, ce ne serait déjà pas mal. Car la littérature est avant tout un partage (qui commence jeune, et se poursuit ici!).

 

Emilie de Göteborg

Professeur de français

 

 

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