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La résilience chez l’ enfant expatrié

enfant expatrie

Boris Cyrulnik nous apprend que la résilience est la capacité à rebondir après avoir vécu un événement qui a blessé psychiquement.  C’est un processus qui permet à chacun, depuis son plus jeune âge, de continuer son développement malgré l’adversité.

Si chaque enfant vit des phases de transition et des séparations qui sont par nature angoissantes et font partie de son développement de maturation, l’enfant expatrié y est particulièrement exposé. En effet, en suivant ses parents à l’étranger, il va non seulement changer de pays et de ville, mais aussi changer de maison, d’école, de langue, d’habitudes, de climat… et cela peut-être plusieurs fois de suite. Quitter ses copains, ses grands-parents, ses lieux familiers, ses enseignants, son animal de compagnie, son cheval préféré… C’est un très grand chamboulement !

Les déséquilibres spécifiques qui surviennent en expatriation vont amener l’enfant à devoir puiser dans ses ressources pour retrouver l’harmonie qui a été fragilisé et cela nécessite du temps. La rupture liée à l’expatriation engendre du stress chez l’enfant et cela parfois au prix de manifestations d’émotions exacerbées, auxquelles on ne s’attend pas en tant que parent: colères, régressions, enfermement sur soi-même, blocages (comme le refus d’apprendre la langue locale)…

Comment aider nos enfants à s’adapter plus sereinement, en d’autres termes à être résilients ?

 

Avant le départ en expatriation

Tout d’abord, un enfant ne choisit pas, il suit ! Il est donc important de lui donner sa place sur ce chemin de l’expatriation en lui apportant avant le déménagement les repères dont il a besoin pour le rassurer.

Quelle réaction attendre de la part d’un enfant ?

A l’annonce du départ dans un pays étranger, votre enfant n’aura pas forcément de réaction immédiate. L’enfant n’a pas cette capacité à se représenter ou à se projeter comme les adultes. Il lui faut du concret, de la réalité : les premiers cartons, les premiers « Au-revoir » aux copains vont le lancer dans cet inconnu de l’expatriation. C’est là qu’il va commencer à prendre réellement conscience de ce qui lui arrive. Entre anxiété face aux changements et excitation, son cœur balance !  Il alors besoin de la sécurité de ses parents car il peut avoir peur de tout perdre, même eux !

Un adolescent va réagir plus vivement et va immédiatement penser à la séparation avec ses copains, qui ont une très grande importance à cet âge.  Il peut se sentir en colère contre la décision de ses parents et triste de devoir quitter son univers.  En tant que parents, il est important d’accepter que nos enfants ne partagent pas forcément nos choix et que nous leur demandons un grand effort. Cela ne veut pas  dire que l’expatriation sera un échec !

La préparation du départ

Soyez transparent avec votre enfant !

Spécifiez-lui ce qui va changer (la maison, les amis…) et ce qui ne changera pas (l’installation de sa chambre, le fait que vous continuerez à l’amener à l’école…). Il aura des éléments concrets auxquels se raccrocher.

Présentez-lui la situation sans trop l’enjoliver et surtout sans lui cacher des choses : le flottement qu’il ressentirait à ce moment là ne serait que plus angoissant. Et les enfants ont beaucoup d’imagination ! S’il vous pose des questions auxquelles vous ne pouvez pas encore répondre, il vaut mieux lui dire que vous ne savez pas, plutôt que de le laisser idéaliser (ou l’inverse) une situation dont on sait qu’elle n’arrivera pas. Cela risquerait de le plonger dans une forte déception et désillusion difficiles à apaiser par la suite.

Enfin, rappelons que plus les choses seront concrètes, mieux votre enfant vivra les différentes étapes de ce départ. Par exemple, vous pouvez le faire participer à certains préparatifs (tris des jouets, cartons…) ou organiser des “au-revoir” avec les amis.

Pensez aussi à prendre les adresses email des amis de vos enfants (ou de leurs parents) pour garder le lien plus facilement une fois que vous serez parti!

 

Une fois sur place, le changement se concrétise !  

Une fois dans son pays d’accueil, l’enfant va traverser diverses phases émotionnelles auxquelles il faut prêter attention. Il va avoir besoin de l’aide de l’adulte pour mettre des mots sur ce qu’il vit. Il est donc important de l’écouter et de lui parler beaucoup (mais sans l’envahir non plus! Donc en sélectionnant ce qui est important pour lui).

Au départ, il est en situation de « choc », Il peut se sentir confus et perdu, en insécurité face à ce monde étranger. Il ne reconnaît rien. Son seul point d’ancrage, c’est sa famille.

Il est important de garder certains rituels qui servent de repères à l’enfant. Et surtout de veiller à lui expliquer les changements de rythme dans la famille (un Papa qui rentre plus tard, une Maman qui travaille de la maison…).

Des peurs infantiles (peur du noir, peur des voleurs…) ainsi que des régressions (pipi au lit, besoin du doudou, difficulté à dormir dans son lit…), peuvent resurgir. Elles viennent signifier que l’enfant est en insécurité et qu’il a besoin de réassurance.

Il peut aussi manifester des comportements agressifs, de la tristesse, de la nostalgie. Il est important de rester positif pour maintenir sa confiance sans pour autant dénier que c’est difficile. Comme dit Boris Cyrulnik : « La confiance est notre tranquillisant naturel. »

Aidez-le à s’adapter, sans toutefois le couper complétement de son ancienne vie. Organisez des échanges téléphoniques ou via Skype avec ses grands-parents, cousins ou amis (même si le décalage horaire est compliqué, prenez rendez-vous!). Une fois dans son quotidien, il aura tendance à se laisser happer par son nouvel environnement et à mobiliser toute son énergie sur son adaptation. En tant que parents, il est important de permettre à nos enfants ces temps de pause qui leur permettront de se reconnecter à leurs racines. Cela ne sera que plus vivifiant et sécurisant pour sa nouvelle vie!

 

Un chemin de résilience

Il faudra du temps à un enfant pour s’approprier en douceur ce nouvel environnement et pour recréer son nid, son sentiment de se sentir chez lui.

Pour l’accompagner au mieux, voici 4 piliers de résilience que nous pouvons suivre:

  • Rester toujours préoccupé par le bien-être de son enfant: malgré les aléas de l’emménagement et les contraintes d’organisation, gardez toujours une petite place pour penser à ce que vit votre enfant dans cette aventure.
  • Avoir des attentes positives: valorisez le, même dans les moments de régression! Fixez des objectifs atteignables (s’il ne veut plus dormir dans le noir, laissez lui du temps).
  • Lui donner l’occasion de participer activement: organisez des petits bilans régulièrement, associez-le à certaines décisions qui le concernent comme l’organisation du quotidien par exemple.
  • Le laisser s’exprimer et lui parler: en un mot COMMUNIQUER!

L’enfant, ainsi accompagné par ses parents, va rebondir face à cette difficulté, puiser dans ses ressources d’adaptation, retrouver l’équilibre. Cette rupture vécue va devenir une force qui va l’aider à enrichir sa personnalité.

 

Adélaïde Lefèvre

Psychologue conseil sur Ulysse, petit expat, et rédactrice

Psychologue clinicienne (Psychoprat’ Paris). Plus de dix ans d’exercice en Europe et en Asie auprès des enfants et familles expatriés.

Contact: adel_lefevre@hotmail.com

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