Bilinguisme

Toujours parler à son petit bilingue dans sa langue maternelle… tout en restant poli(e)

parent enfant bilingue

Elever un enfant dans le bilinguisme ne relève pas d’un choix quand cet enfant est né dans une famille dont les parents parlent des langues différentes ou quand la cellule familiale est expatriée, notamment quand l’enfant naît dans cette période d’expatriation. Il ne s’agit pas d’un choix mais il ne s’agit pas non plus d’une contrainte. Il s’agit, tout simplement, d’un élément intrinsèque à certaines familles. C’est ce qu’on appelle le bilinguisme précoce simultané. Par voie de conséquence, les parents concernés essaient de le vivre « naturellement ». Sans en faire trop, ni trop peu non plus…

… parce que même si c’est un fait naturel et inné (vous voyez, je suis brune, vous êtes blonde), il faut pouvoir mettre le bilinguisme en contexte, il faut pouvoir le pratiquer, il faut pouvoir être à l’aise, il faut pouvoir l’amener avec soi PARTOUT.

Et c’est là que parfois les choses peuvent se compliquer pour certains. Les familles bilingues (ou multilingues) se posent souvent tout un tas de questions afin de « conjuguer au mieux ». Ces sont des questions concernant des sujets divers :

  • Quelle stratégie de communication mettre en place ? OPOL (One Parent One Language), associer un lieu à une langue, utiliser en exclusivité la langue minoritaire à la maison, associer une langue à une activité.
  • Comment faire pour que la langue minoritaire ne soit pas écrasée par la langue majoritaire ?
  • Quelles sont les meilleures méthodes pour apprendre à lire et à écrire dans la langue minoritaire ?
  • (…)

Mais pour moi, il y a un sujet qui ne concerne pas uniquement la sphère privée de la famille ni les capacités langagières de l’enfant. Je parle bien de la politesse.

Et la question fatidique est :

Dois-je parler ma langue maternelle à mon enfant même en présence d’autres personnes qui ne comprennent pas cette langue?

Je vais vous donner ma réponse tout de suite : OUI !

Oui mais pourquoi ? Ne serais-je en train de fabriquer une petite impolie et mal éduquée ? En réalité, c’est juste génial et c’est voulu ! Oh que oui ! Cela nous permet, elle et moi, de critiquer le voisin qui adore tondre la pelouse le dimanche à huit heures du matin, d’insulter le boulanger quand il n’est pas aimable ou de dire deux-trois trucs pas beaux sur le petit camarade pas gentil du tout… Et si c’était ça le but de notre bilinguisme ? Mais nooon, ce n’est pas comme ça que cela se passe. Voyons donc. Soyons sérieux.

En réalité, le bilinguisme à l’extérieur ne doit pas être vécu comme un manque de respect envers les autres. Un enfant bilingue ne sera ni plus ni moins poli qu’un enfant monolingue (et non, il ne faut pas avoir d’arrières-pensées, quand on parle l’autre langue -notre langue- ce n’est pas pour dire des trucs méchants sur les autres). Il s’agit aussi d’une question d’habitude. Si dès la naissance de votre enfant, vous habituez les gens à vous entendre parler VOTRE langue à VOTRE enfant, où est le problème ? On suppose que les gens qui vous entourent et avec qui vous passez du temps sont vos amis, vos proches, des gens qui vous aiment. Et quand on s’aime il n’y a pas de frontière ni de barrières.

Non, je ne suis pas en train de vous dépeindre le monde des Bisounours : le bilinguisme dans le respect existe. Et il doit exister PARTOUT.

 

Des astuces pour mieux vivre le bilinguisme avec des tiers qui ne comprennent pas la langue

Certes, il y a des situations où cela peut s’avérer plus délicat : chez le médecin, chez le boulanger, avec les maitresses, etc. Mais à toute situation sa solution.

Voici quelques astuces :

  • Rester naturel, souriant et poli (l’importance aussi de la communication non verbale) ;
  • À la fin de vos phrases, ajoutez la mention « Je viens de lui expliquer que… », toujours, en regardant droit dans les yeux votre interlocuteur ;
  • Quand c’est votre enfant qui s’adresse à vous dans votre langue maternelle, pareil, à la fin de son intervention dites « Elle vient de me dire que… »
  • Si le papa et la maman ne partagent pas la même langue (parents de nationalités et langues différentes), il se peut que votre enfant prenne lui-même le rôle de traducteur. Les enfants sont très astucieux et ils s’assurent que tout le monde ait bien compris !

 

Mais pourquoi cette volonté de ne jamais vouloir abandonner sa langue maternelle ?

J’aime rappeler que chaque famille est une histoire et qu’il n’y a pas de recette miracle. Ceci dit, dans le cas d’un bilinguisme précoce simultané où un seul parent porte le poids de la langue minoritaire, il faut profiter de chaque situation de communication pour mettre en action cette langue. Chaque minute est précieuse même en langues !

Alors, vous avez d’autres astuces à partager avec nous ? Avez-vous vécu des situations embarrassantes ? Quelqu’un a dit de vous ou de votre enfant que vous n’étiez pas polis ?

 

Margarida Llabrés Rotger,

rédactrice trilingue (français-espagnol-catalan), traductrice et Maman à l’étranger

http://www.lesmotsdemarguerite.com/

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2 Comments

  1. Bonjour, merci pour vos articles qui m’éclairent sur le sujet de bilinguisme. Dans mon cas je m’interesse au trilinguisme : je suis enceinte de mon premier enfant; je suis d’origine espagnole, mon mari est bosnique et nous vivons à Paris.Nous parlons entre nous et avec son fils issu d’un premir mariage, en français Comment pratiquer les 3 langues? Quels sont vos conseils? merci!!

    1. Bonjour Ally, j’espère que la grossesse se passe bien ! On pourrait disserter pendant des pages et des pages sur tous ces bons conseils pour vivre un bi / trilinguisme heureux en famille. Et c’est passionnant. Mais en deux mots, je pense que l’essentiel, c’est de faire ce avec quoi on est à l’aise, ce qui nous vient spontanèment. Vous forcer vous-même, ou forcer son enfant (encore pire) à parler telle ou telle langue, ça ne marche pas vraiment et ce n’est jamais bon. Margarida, qui a écrit cet article, parle espagnol, catalan et français chez elle (à Nantes), courrez dévorer ses articles: http://www.lesmotsdemarguerite.com/

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