Vivre ailleurs

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les jumeaux dans le monde

Les jumeaux, ça fait souvent rêver.
Cette rareté procréative fascine et interpelle.
Elle sort de l’ordinaire, elle émerveille, elle inquiète, elle confère un aspect presque magique à la plus ancienne expérience du monde : la maternité.

D’ailleurs, lorsqu’on est parents de jumeaux, on entend beaucoup :
– « Wouaah des jumeaux, quel bonheur ! »
– « Je rêvais d’en avoir aussi, mais je n’ai pas eu cette chance… »

Certain(e)s poussent même le bouchon jusqu’à vous dire :
– « Mais COMMENT T’AS FAIT !? »

C’est là, en général, que l’on s’interroge sur leur sérénité mentale et le bon fonctionnement intellectuel de leur cerveau.

Car si attendre des jumeaux est follement sympathique sur le papier, rentrer de la clinique avec 2 couffins est une toute autre affaire.
Sans même parler des premiers mois rock’n’roll entre allaitement de compét’, biberons en quantité industrielles, couches de destruction massive de l’environnement et record du nombre de grenouillères par machine-à-laver…
Ni du coût : on achète tout en double, ou presque…
Ni de l’épuisement…
Mais il y a surtout l’éducation. Éduquer des jumeaux, c’est ÇA le challenge.
Parce que ‘’la double dose d’amour !’’, ça va trois minutes.
C’est surtout la multiplication exponentielle des hurlements, des caprices, des bêtises – effet d’émulation créative maléfique non négligeable chez les jujus –, des nuits sans sommeil, des rhino-pharyngites, des éclatements d’arcades sourcilières, des questions-et-pourquoi-?, des crises de varicelles… Toujours en même temps.

Bref. C’est pas de tout repos.

Mais ce n’est pas le propos.

Le sujet de cet article, c’est l’étonnante diversité avec laquelle les jumeaux sont considérés dans le monde, selon la région où l’on se trouve.

En tant qu’expat professionnelle depuis plus de 22 ans en cumulés, et Maman de jumeaux – avec une majuscule, s’il vous plait car c’est mérité, vu le boulot, mais aussi parce qu’il en faut de la patience pour supporter les gens qui deviennent curieusement survoltés lorsqu’ils vous voient arriver quelque part -, j’en ai vu de toutes les couleurs. Si je puis dire.

 

Les jumeaux , en chiffres

Avant toute chose, quelques chiffres de base, indispensables, car ils expliquent probablement les divers comportements régionaux qui y sont liés.

Si les statistiques s’accordent pour dire que les jumeaux ont historiquement représenté 1% stable de la population mondiale, ce chiffre a doublé au cours les quarante dernières années et est maintenant passé à 2%.

92% de ces jumeaux son dizygotes (deux ovules différents, un patrimoine génétique différent et donc des visages et des corps différents) et 8% sont monozygotes (un seul ovule qui s’est divisé en deux produisant ainsi deux êtres presque identiques). Les ‘’vrais jumeaux’’ comme on les appelle en français représentent donc seulement 0,16% de la population terrestre. On comprend mieux l’étonnement de certaines personnes lorsqu’elles tombent dessus…

 

Les jumeaux dans le monde

40% des jumeaux du monde naissent en Afrique. Spécialement à l’ouest et au centre du continent. La tribu des Yoruba répartie entre le Bénin et le Nigéria détenant le record mondial avec 1 accouchement gémellaire pour 20 naissances.

Apparemment la consommation de patates douces et la production – génétique ? – d’hormones folliculo-stimulantes (FSH) seraient en cause.

Ces chiffres élevés – et autant de bouches à nourrir dans des pays souvent très pauvres – expliquent peut-être l’accueil mitigé qui leur est réservé dans ces régions : don de double-vue, pouvoirs surnaturels et autres croyances négatives qui poussent parfois certains à commettre l’irréparable.

A Mananjary, une ville de Madagascar, les jumeaux sont même maudits. Selon la coutume antambaohaka, ils apportent le malheur sur la famille où ils ont vu le jour, si bien qu’un centre d’accueil des jumeaux abandonnés a été créé pour permettre aux mères de se débarrasser de leur progéniture gênante.

De fait, je dois confesser avoir souvent rencontré un fond de défiance, voir de méfiance, comme un mouvement de recul, lorsque j’ai débarqué avec mes jujus au milieu de groupes plus traditionnels d’Afrique Australe : limite angoissant le regard du guérisseur zulu sur mon fils chéri, j’avoue !

Les États-Unis, l’Europe et l’Australie varient entre 10 et 16 naissances gémellaires sur 1000. Essentiellement du fait des grossesses tardives (propices à la poly-ovulation) et des progrès de l’assistance médiale à la procréation dans les pays occidentaux.

Je ne me lasse pas d’observer le visage décomposé des anglo-saxons lorsque nous – Français – parlons de ‘’vrais’’ et de ‘’faux’’ jumeaux. Un peu comme s’il y avait les vrais gosses, les bons, les étiquetés labellisés bio. Et les autres, les contrefaits, ceux qui sont tombés du camion à la frontière italienne, comme les faux sacs Chanel.

Nos amis anglophones parlent plus élégamment de ‘’fraternal’’ et ‘’identical’’ twins. Il est vrai que l’expression est nettement plus jolie que nos termes médicaux de di/monozygotes, utilisés aussi en Espagne et en Italie par exemple, ou même notre expression typiquement française – à ma connaissance ? – qui induit une sorte de hiérarchisation assez déplaisante.

Le plus faible nombre de naissances de jumeaux se trouve en Asie, avec des taux inférieurs à 8 naissances pour 1000. Cette rareté explique probablement le comportement totalement hiératique – et borderline hystérique – qui s’empare des Coréens (notamment!) lorsqu’ils croisent une famille avec des jumeaux. J’ai souvenir d’un voyage dans l’est de la France où j’ai dû me frayer – presqu’avec violence – un chemin dans l’allée centrale du TGV pour récupérer mes fistons qu’une dame avait embarqués de force afin de les faire poser au côté de ses compatriotes sur son cliché souvenir.

Je m’étais d’ailleurs fait la réflexion suivante : avant, il y avait la tour Eiffel à visiter en France, et devant laquelle prendre son p’tit selfie… Maintenant, il y a mes fils.

 

Voilà. Si à la lecture de cet article, très subjectif, avoir des jumeaux vous fait toujours rêver, partez vivre et procréer en Inde ! A Kodinji, plus précisèment. Ce village du Kerala, État du sud-ouest de l’Inde, affiche un taux de naissances gémellaires cinq fois et demie supérieur à la moyenne nationale. 440 jumeaux vivent dans cette localité de 14 600 habitants : un chiffre hors normes. À ce jour, aucune étude menée (sur l’alimentation des habitants de Kodinji notammant) n’a apporté d’explication à ce phénomène.

Avoir des jumeaux, c’est décidément toujours une surprise.

 

Pom vit à Cape Town en Afrique du Sud depuis bientôt trois années, avec son mari et ses jumeaux diaboliques de cinq ans.

Maman-blogueuse, elle poste chaque jour sur sa page Facebook #JuJusDePom, des billets humoristiques des tours pendables qu’ils lui font subir, partage ses expériences anti-conformistes de la parentalité gémellaire.

Elle vient également de lancer son premier roman, récit autobiographique et initiatique : La Folle Aventure d’une Mère de Jumeaux, paru aux éditions Infolio.

Sources statistiques : Le guide des Jumeaux, Editions Odile Jacob 2007

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Tags : famille
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